En CDI, il travaille weekends et jours fériés pour survivre

Un travailleur en CDI raconte ses efforts pour survivre

Si depuis quelques jours le gouvernement clame haut et fort que la reprise économique est bien là, la pénurie de main d’œuvre menace la relance de certains secteurs malgré les milliers d’offres d’emploi disponibles. Selon la ministre de l’emploi Élisabeth Borne, “Chaque branche doit réfléchir à l’attractivité des emplois qu’elle propose.”

Quelques jours avant cette déclaration, c’est lors d’une petite sortie entre amis à la terrasse d’un pub que nous nous retrouvons à aider un homme qui tentait désespérément de charger seul, une dizaine de plaques d’isolations sur les galeries de sa voiture. Il était environ 22h30 et solidarité oblige, nous lui donnons un petit coup de main. Une fois la tâche terminée et satisfait de cette bonne action, nous prenons quelques minutes pour discuter.

Un échange poignant qui, suite à cette déclaration de reprise économique menacée par manque de main d’œuvre, se devait d’être mis en lumière.

Portrait d’un travailleur en CDI obligé de travailler tout son temps libre pour survivre

  • Prénom : nous l’appellerons Tony pour préserver son anonymat.
  • Situation familiale : en concubinage avec la mère de ses deux enfants
  • Situation professionnelle : cuisinier en CDI dans un restaurant ouvert uniquement le midi
  • Propriétaire de son logement

En somme, un profil classique représentatif d’une part importante de la population française.

Il doit être aux alentours de 22h32 quand Tony nous remercie pour le service rendu, précisant qu’il doit se lever à 5h30 le lendemain pour ouvrir le restaurant. Quelques minutes avant, il nous disait qu’il devait décharger les plaques d’isolation au local avant de rentrer. Nous pensions donc assez logiquement que c’était un artisan encore sur son chantier malgré l’heure tardive. Mais en réalité, Tony “bricole” sur des chantiers, en plus de son emploi de cuisinier pour tenter de survivre à la crise.

Depuis 8 mois, j’ai dû prendre 5 jours de repos, je suis épuisé. Ça va je suis encore jeune, mais il va falloir que je trouve des solutions. Je ne vais pas tenir comme ça très longtemps.

Il nous explique alors que lorsque la décision gouvernementale de fermer les restaurant a entrainé une perte de salaire de plus de 50% selon les mois. Dans les faits, Tony est au Smic mais touche une prime sur le nombre de couverts servis dans le restaurant. Avant toutes ces fermetures, cette prime lui permettait de tripler son salaire sur les meilleurs mois. Hors, cette partie n’était pas prise en charge dans le calcul de ses indemnités car elles n’apparaissaient pas sur sa fiche de paie. Une pratique courante dans le secteur selon lui.

Cette ligne manquante a entraîné une perte nette de presque 50% des revenus de son foyer. Sa compagne, au Smic également, a put télétravailler et n’a donc pas subit de perte de salaire. Sa situation leur a même permis d’économiser sur les frais de transport et de nourriture.

Il avoue qu’avant la crise, il ne s’est jamais sentis obligé de travailler en plus de son emploi. Cette perte importante de salaire sur plusieurs mois de fermeture a mis en danger l’équilibre budgétaire de son foyer.

Quand on a acheté notre maison, grâce à mes revenus on s’est endetté à la limite du maximum pour rembourser notre prêt le plus rapidement possible. Mais quand j’ai perdu la moitié de mon salaire, le poids des mensualités est devenu insupportable. Sans cette prime, on est juste 2 smicards !

Convaincu que la crise ne durerai pas, le couple se serre la ceinture plusieurs mois, utilisant ses économies pour maintenir un budget positif. Et puis l’été arrive, les restaurants ouvrent à nouveau, le tourisme reprend mais… L’été est la plus mauvaise période de l’année pour son restaurant, situé au coeur d’une Zone Industrielle et dont la clientèle est principalement composée de salariés des entreprises alentours.

Bricoleur, il décide de profiter de cette période calme pour faire quelques bricoles car la situation financière du foyer commence à devenir inquiétante. Puis le gouvernement prend à nouveau la décision de fermer les restaurants.

Dans notre malheur, la chance que nous avons c’est d’être un couple soudé et investit à 100% sur l’avenir de nos enfants. Je n’ose pas imaginer la merde dans laquelle je serais si j’étais un père célibataire avec mes enfants à charge. Il ne faut pas les oublier ces gens là, pour eux c’est vraiment tendu !

Au départ, Tony se déplace principalement pour faire des petits travaux chez des personnes âgées comme changer un lustre ou repeindre une chambre. Gagnant quelques dizaines d’euros à chaque fois, mais insuffisant pour combler un découvert qui a cumulé plusieurs milliers d’euros en quelques mois.

À plusieurs reprises, ses clients lui proposent de faire des plus gros chantiers, mais il ne peut les accepter pour des contraintes de logistique parentale mais aussi pour des questions de légalité.

À ce moment là, j’avais peur de me faire attraper pour travail au black et risquer de mettre ma famille encore plus en danger. Mais la situation est devenue tellement grave qu’avec ma femme on s’est dit que s’il fallait travailler la nuit, les weekends, les jours fériés et les vacances scolaires, je le ferai. Elle s’occupera de la maison et des enfants.

Grâce au bouche à oreille, il arrive à faire rentrer l’argent suffisant pour stabiliser le budget familiale mais pas assez pour réduire son découvert. Il souligne d’ailleurs que son banquier leur a accordé un décalage des remboursements de leur prêt immobilier pendant quelques mois. Un véritable bol d’air pour le couple.

Depuis, le restaurant est à nouveau ouvert et Tony a renégocié son contrat faisant en sorte que ses primes puissent apparaître sur sa fiche de paie. En cas de nouvelles fermetures des restaurants, son foyer devrait pouvoir y faire face cette fois-ci. Il ne lui reste maintenant plus qu’à rembourser les dettes énormes qu’il a accumulé durant presque 2 ans de pandémie.

Depuis quelques mois, il s’est mis sous le statut d’autoentrepreneur afin de gagner son argent légalement. Mais pour y parvenir, il écume le calendrier des jours fériés et des vacances scolaires pour organiser son planning de chantier, en plus de son emploi de cuisinier.

Si tout va bien, il me reste encore 3 chantiers à terminer et je pourrai peut-être prendre quelques heures de repos ! (rires) Mes enfants et ma femme n’attendent que ça !

S’il se considère comme un “gros bosseur” depuis la reprise à temps plein de son activité, Tony travaille tout son temps disponible pour y arriver et réfléchit tout de même à changer de métier. Selon lui, il a la chance de faire partie des rares employés de la restauration à travailler sans coupure et uniquement le midi. Ce qui n’est pas le cas de la majorité des emplois du secteur qui, pour un Smic, doivent jongler entre vie de famille, pénibilité et horaires en coupure, voire aléatoires.

Les différents confinements et couvre-feu ont obligé les familles à passer plus de temps ensemble et à se redécouvrir. Pour certaines familles ce fut un véritable calvaire, pour d’autres une révélation.

Pourquoi organiser sa vie en fonction de son travail alors qu’il est possible de l’organiser autour de sa famille et son mode de vie pour le même salaire ?

Alors effectivement, si certains secteurs peinent à trouver de la main d’œuvre, il va falloir que les entreprises et les décideurs politiques réfléchissent à l’attractivité des emplois. Entre les incertitudes sanitaires, la crise de main d’œuvre et le très contesté Pass Sanitaire qui entraine une baisse notable de la fréquentation des établissements, certains secteurs ne sont pas prêts à retrouver leur sérénité d’antan.

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