L’Assurance maladie contrôle les assurés, mais les montants les plus lourds se jouent surtout du côté des professionnels de santé.
C’est le décalage pointé par un rapport des inspections générales du ministère des Finances et des Affaires sociales. Son message est assez direct : pour récupérer davantage d’argent, les contrôles devraient viser plus fortement les dossiers à gros enjeu financier.
Le sujet touche forcément les particuliers, souvent mis en avant quand il est question de fraude sociale. Mais les chiffres cités dans le rapport déplacent le centre de gravité : les petits dossiers existent, les fraudes d’assurés aussi, sauf que le rendement financier se concentre ailleurs.
Les assurés sont visibles, mais les montants se concentrent chez les professionnels
Le rapport IGF-Igas recommande de « prioriser davantage les contrôles des professionnels de santé, porteurs de forts enjeux financiers, par rapport au contrôle des assurés, afin d’augmenter le rendement de la lutte contre la fraude ». La formule résume le problème : tout contrôle ne rapporte pas le même résultat.
D’après les derniers chiffres de la Caisse nationale d’assurance maladie repris par MoneyVox, les fraudes des professionnels de santé libéraux, ou de personnes se présentant comme tels, représentent 73,5 % des 723 millions d’euros de fraudes détectées et stoppées en 2025. Retrouvez notre article sur l’assurance retraite : ce nouveau tableau de bord peut révéler une erreur que vous n’auriez jamais vue avant.
Les particuliers pèsent beaucoup moins dans ce total : environ 16 % des fraudes détectées et stoppées. Le reste vient des établissements de santé. Dit en clair, l’image du fraudeur isolé ne suffit pas à expliquer où part l’essentiel de l’argent récupérable.
Le corpus consulté autour du rapport ajoute un ordre de grandeur utile : l’IGF et l’Igas estimeraient la fraude à l’Assurance maladie entre 1,4 et 1,9 milliard d’euros par an. Ce chiffre doit être relu dans le rapport officiel, mais il montre l’écart possible entre fraude estimée et fraude effectivement détectée.
Beaucoup de petits dossiers, peu de très gros préjudices
Le rapport pointe aussi une mécanique très concrète dans le travail des équipes anti-fraude. Aujourd’hui, 30 % des dossiers traités correspondent à des préjudices inférieurs à 1 000 euros. Ces petits dossiers concernent pour la plupart des fraudes d’assurés.
À l’autre bout de la chaîne, 3 % des dossiers représentent 60 % du préjudice total. Ces dossiers concernent le plus souvent des professionnels de santé. C’est là que le renversement devient central pour le contribuable : le nombre de dossiers ne dit pas tout, le montant en jeu change la priorité.
Cette logique ne revient pas à effacer les contrôles sur les particuliers. Le rapport prévient qu’un allègement trop fort des contrôles sur les petits dossiers pourrait entraîner une hausse des comportements fraudeurs, dans des proportions qui restent mal connues.
Mais si l’objectif est de récupérer plus d’argent public avec des moyens de contrôle limités, les inspections poussent clairement à regarder d’abord les circuits où les facturations, prescriptions et prises en charge peuvent faire grimper très vite le préjudice.
Centres de santé, audioprothèse, transports sanitaires : les secteurs les plus exposés
Les chiffres sectoriels donnent une idée plus précise des zones sensibles. En 2025, les centres de santé, notamment dentaire et d’ophtalmologie, arrivent en tête avec 138 millions d’euros de fraude détectée et stoppée.
L’audioprothèse suit avec 86 millions d’euros. Les transporteurs sanitaires représentent 62 millions d’euros, devant les infirmiers à 60 millions. Ces montants expliquent pourquoi le rapport ne parle pas seulement de fraude individuelle, mais de chaînes de facturation et de pratiques professionnelles à surveiller de près.
Parmi les pistes avancées, les inspections recommandent de resserrer les procédures du tiers payant. Sa généralisation a ouvert de nouvelles possibilités aux fraudeurs, selon le rapport. Une mesure citée consiste à renforcer l’obligation de présentation de la carte Vitale pour obtenir le tiers payant.
Le rapport propose aussi de simplifier les pénalités financières contre les professionnels pris en faute. La cible n’est donc pas seulement la détection : c’est aussi la capacité à sanctionner plus vite et à éviter que les mêmes circuits continuent à produire du préjudice. Retrouvez aussi notre article sur le PER : une nouvelle loi permet enfin de débloquer son épargne en cas de maladie grave d’un enfant.
Pour les assurés, le message est moins caricatural qu’il n’y paraît. Les contrôles sur les particuliers ne disparaîtraient pas. Mais le débat posé par l’IGF et l’Igas est budgétaire : quand une petite part des dossiers concentre la majorité des pertes, la lutte contre la fraude doit suivre l’argent, pas seulement le volume de dossiers.
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