Seulement 11 % des mères intègrent les enjeux financiers à long terme dans leur réflexion sur leur taux d’activité. Si vous travaillez à temps partiel, vous ignorez probablement le coût réel de cette décision sur votre pension de retraite. Cet article croise une étude comportementale suisse avec les données françaises pour chiffrer précisément ce que vous perdez, et ce que vous pourriez récupérer.
Pourquoi les mères sous-estiment massivement le coût du temps partiel ?
Moins de 10 % des mères évaluent correctement l’impact d’un taux d’occupation réduit sur leur future retraite (Costa-Ramón, Schaede et al., QJE 2026). Ce chiffre n’est pas une nuance statistique. C’est un diagnostic.
L’étude révèle que 25 % des mères considèrent qu’une augmentation de leur taux d’activité n’en vaut pas la peine financièrement. Environ 30 % estiment que les frais de garde dépassent les avantages à long terme en termes de revenus et de retraite. Ces convictions sont compréhensibles. Les données les contredisent.
Le problème n’est pas un manque de bon sens : c’est un manque d’information chiffrée sur les conséquences à long terme.
En Suisse, 75 % des mères vivant avec un enfant travaillent à temps partiel, contre 14 % des pères dans la même situation (OFS, 2024). Le temps partiel maternel y est quasi structurel, porté par le coût des crèches, la durée courte des journées scolaires et des normes sociales persistantes. Découvrez notre article sur la prime d’activité CAF : voici les 3 profils qui peuvent toucher jusqu’à 400 € par mois en 2026.
En France, le mécanisme est identique. La maternité est le principal déclencheur de réduction du temps de travail. L’écart de revenus entre hommes et femmes se creuse massivement après la naissance du premier enfant, ce que les économistes appellent le child penalty. Et cet écart ne se referme pas. Mais quel est le vrai coût de cette sous-estimation ? Les chiffres révèlent une réalité bien plus lourde qu’on ne l’imagine.
Le vrai coût du temps partiel : 35 % de revenus en moins sur toute une carrière, une pension inférieure de 37 %
Selon l’étude, un passage à temps partiel entraîne une baisse de 35 % des revenus sur toute la carrière et une perte de 43 % sur l’épargne retraite (Costa-Ramón, Schaede et al., QJE 2026). Ce n’est pas l’écart d’une année. C’est l’écart cumulé sur toute une vie professionnelle.
À la retraite, l’impact se prolonge. En France, la pension de droit direct des femmes est inférieure de 37 % à celle des hommes, 1 306 € bruts contre 2 089 € (Drees, panorama 2025). Une pension plus faible, versée plus longtemps : en 2023, les Françaises passent en moyenne 26,1 ans à la retraite, contre 23,3 ans pour les hommes (COR, rapport annuel 2025). Chaque euro de pension manquant se multiplie sur une durée plus longue.
Les femmes partent en moyenne à 63 ans et 1 mois, soit 8 mois après les hommes (62 ans et 5 mois) (Drees, panorama 2025). Ce départ plus tardif reflète des carrières incomplètes, des trimestres manquants, des salaires de référence plus bas, conséquences directes des années à temps partiel.
Les calculs de l’étude permettent de quantifier précisément ce que représente un écart de taux d’activité en apparence modeste. Une augmentation de seulement 4 % du taux d’activité génère environ 130 000 CHF supplémentaires de revenus sur la durée de carrière, et 40 000 CHF d’épargne pension en plus. Soit, aux taux de change actuels, un ordre de grandeur de 170 000 euros au total.
En France, l’ASPA (minimum vieillesse) plafonne à 1 043,59 €/mois pour une personne seule en 2026 : c’est le filet de sécurité que les carrières à faible taux d’activité risquent d’activer par défaut.
La bonne nouvelle ? Une étude terrain montre qu’une simple information change les comportements, et les trajectoires financières.
Ce qui change quand les mères connaissent les vrais chiffres
L’essai terrain a porté sur des enseignantes suisses travaillant à temps partiel. Le protocole était simple : une vidéo d’information et un calculateur personnalisé montrant l’impact financier réel de leur taux d’activité actuel.
Le résultat est documenté sur données administratives employeur. Les mères qui sous-estimaient les coûts ont augmenté leurs heures de travail de 7 % en un an après avoir reçu l’information.
Elles n’ont pas changé de vie. Elles ont changé de décision, parce qu’elles disposaient enfin d’une information qu’elles n’avaient pas avant.
L’étude recommande un taux d’activité d’au moins 70 % tout au long de la vie professionnelle pour limiter les risques financiers à la retraite. Ce seuil n’est pas une injonction. C’est un repère quantifié, issu de modélisations sur données réelles.
L’essai le démontre : le problème n’est pas un problème de choix. C’est un problème d’information. Quand les mères savent ce que leur taux d’activité leur coûte réellement, en euros, sur toute une carrière, jusqu’à la pension, elles arbitrent différemment.
Quand les mères comprennent que 4 % d’activité supplémentaire représentent 130 000 euros de revenus en plus sur toute une carrière, elles agissent. Le changement de comportement observé dans l’essai suisse est mesurable, rapide, et obtenu sans contrainte. Retrouvez aussi notre article sur le Livret A et succession : cette mauvaise surprise que vos héritiers découvrent trop tard.
Connaissez-vous vraiment le coût financier de votre taux d’activité actuel sur votre future retraite, et seriez-vous prête à le recalculer ?
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