Avant 2027, se marier reste la seule stratégie légale pour sécuriser la pension de réversion de votre conjoint, dans des conditions qui pourraient être plus avantageuses que celles issues de la réforme en préparation.
Le Conseil d’orientation des retraites (COR) prépare une réforme majeure de la pension de réversion, dont le rapport a été remis au gouvernement en novembre 2025. Si vous êtes en couple non marié ou envisagez un mariage, la fenêtre avant une éventuelle entrée en vigueur représente une opportunité concrète pour sécuriser l’avenir financier de votre conjoint. Cet article vous explique pourquoi le mariage anticipé peut être avantageux selon votre régime, combien cela représente en euros, et quand agir.
Pension de réversion : pourquoi les conditions actuelles sont plus avantageuses que celles de demain
4,4 millions de Français perçoivent actuellement la pension de réversion, dont 87 % sont des femmes (DREES, 2025). Ce chiffre dit tout de l’enjeu financier que représente ce dispositif pour le conjoint survivant.
La pension de réversion, c’est une fraction de la retraite du défunt versée au conjoint survivant. Le taux varie de 54 % au régime général à 60 % à l’Agirc-Arrco (complémentaire des salariés du privé), en passant par 50 % dans la fonction publique. Cette disparité n’est pas anecdotique : sur une retraite de base de 2 000 €, l’écart entre 54 % (régime général) et 60 % (Agirc-Arrco) représente 120 € mensuels, soit 1 440 € par an.
Les plafonds de ressources creusent encore davantage les inégalités. Au régime général, le plafond s’établit à 25 001,60 € par an pour une personne seule et à 40 002,56 € pour un couple (CNAV, 2026). Dans la fonction publique et à l’Agirc-Arrco, ce plafond n’existe pas. Découvrez notre article sur la pension de réversion 2026 : les plafonds de ressources à ne surtout pas dépasser pour continuer à la percevoir.
Ce système fragmenté, le COR le sait, n’est plus tenable. Mandaté en mai 2023, il a remis en novembre 2025 un rapport présentant trois scénarios possibles : suppression totale du plafond de ressources, maintien du système actuel, ou instauration d’un plafond unique à 2 083,47 € par mois brut (COR, 2025). Aucun de ces scénarios n’est encore acté. Ils restent soumis à arbitrage politique.
La réforme envisage également d’ouvrir la pension de réversion aux couples pacsés et aux concubins (COR, 2025). Aujourd’hui, cette ouverture n’existe pas. Un couple en concubinage depuis vingt ans n’ouvre aucun droit à réversion, quelle que soit la durée de l’union.
C’est précisément ce verrou qui fait du mariage une stratégie légale à part entière avant l’entrée en vigueur de la réforme.
Mais ces avantages varient considérablement selon votre régime de retraite, et c’est là que réside la vraie stratégie d’optimisation.
Mariage avant la réforme : l’astuce légale selon votre régime (fonctionnaire vs salarié privé)
« Je vis en concubinage depuis plus de quinze ans. Mon compagnon a eu une longue carrière et l’idée que je ne puisse rien toucher de sa retraite s’il lui arrivait quelque chose m’angoisse beaucoup. » Martine, 59 ans, ancienne secrétaire médicale, résume la situation de millions de couples non mariés. Pour elle, se marier avant la réforme n’est pas un acte symbolique : c’est un acte patrimonial.
Fonctionnaire ou salarié du privé : deux logiques opposées
Si votre conjoint est fonctionnaire, la pension de réversion s’élève à 50 % de sa retraite, sans condition d’âge ni plafond de ressources (service-public.fr, vérifié février 2026). Vous pouvez en bénéficier quel que soit votre âge au moment du décès, et quels que soient vos revenus.
Si votre conjoint relève du régime général, la condition d’âge minimum est fixée à 55 ans depuis 2009. En dessous de cet âge, aucune réversion n’est versée, même si vous êtes marié depuis trente ans. Le plafond de ressources s’applique également : 25 001,60 € par an pour une personne seule en 2026 (CNAV, 2026). Le taux est de 54 %.
Le montant minimum garanti au régime général s’établit à 334,92 € par mois, soit 4 019,13 € par an, à condition que le défunt ait totalisé au moins 60 trimestres de cotisation (CNAV, 2026). Ce plancher protège les conjoints de personnes ayant eu des carrières courtes ou hachées.
L’Agirc-Arrco : une règle pénalisante qui pourrait disparaître
Pour les salariés du secteur privé, la pension de réversion Agirc-Arrco atteint 60 % des droits acquis, sans plafond de ressources. Mais elle comporte une contrainte absente des autres régimes : le remariage du conjoint survivant entraîne la suppression définitive de la pension. Cette règle est l’une des pistes de suppression envisagées par le COR dans le cadre de la réforme. Elle reste à ce stade un projet, non une décision actée.
Les retraites de base ont été revalorisées de +0,9 % au 1ᵉʳ janvier 2026, mais pas l’Agirc-Arrco, dont la valeur du point est gelée jusqu’en novembre 2026. Cette revalorisation impacte mécaniquement la pension de réversion au régime général, calculée à 54 % de la retraite de base du défunt. Sur une retraite de base de 1 800 €, la réversion passe de 972 € à 980,75 € par mois.
Maintenant que vous comprenez les enjeux, voici le calendrier précis et les étapes concrètes à suivre.
Calendrier d’action : les étapes concrètes à anticiper avant la réforme
La réforme n’a pas de date d’entrée en vigueur arrêtée. Le COR a remis son rapport en novembre 2025 ; les arbitrages politiques peuvent intervenir à tout moment. Attendre expose à un risque réel.
Première étape : identifier votre régime
Votre conjoint relève-t-il du régime général, de la fonction publique, de l’Agirc-Arrco, ou d’un régime spécial ? Cette identification conditionne tout le reste. Un relevé de carrière disponible sur info-retraite.fr permet de le vérifier en quelques minutes.
Deuxième étape : calculer votre pension de réversion potentielle
Le simulateur de l’Assurance retraite permet d’estimer le montant auquel vous auriez droit selon le régime de votre conjoint. Ce calcul doit intégrer vos propres ressources, qui déterminent si vous dépassez ou non le plafond applicable au régime général.
Troisième étape : anticiper le délai légal du mariage
En France, la publication des bans est obligatoire dix jours avant la cérémonie civile. Mais la constitution du dossier en mairie, vérification des pièces d’état civil, apostille pour les documents étrangers, peut prendre plusieurs semaines. Ne sous-estimez pas ce délai.
Depuis mars 2026 : des démarches administratives simplifiées
La CNAV déploie depuis mars 2026 des formulaires pré-remplis dans le cadre du programme « Solidarité à la source », utilisant le Dispositif de Ressources Mensuelles (DRM) (CNAV, 2026). Ce dispositif simplifie la déclaration de ressources pour les bénéficiaires de la pension de réversion. Il ne modifie pas les conditions d’accès, mais réduit la charge administrative pour les conjoints survivants déjà éligibles.
Se marier avant la réforme n’est pas une astuce fiscale douteuse. C’est une décision légitime qui permet de sécuriser l’avenir de votre conjoint dans un cadre légal qui pourrait devenir moins favorable selon votre profil. La réforme apportera probablement plus d’équité, ouverture aux pacsés, harmonisation des taux, mais aussi des conditions potentiellement moins favorables pour certains profils. Les conjoints de fonctionnaires, qui bénéficient aujourd’hui de l’absence de condition d’âge et de plafond de ressources, pourraient notamment être pénalisés par l’introduction d’un plafond commun. Retrouvez aussi notre article sur la retraite 2026 : ce montant de revenus à ne pas dépasser pour toucher la pension de réversion.
Avez-vous calculé ce que représenterait concrètement une pension de réversion dans votre budget, selon le régime de votre conjoint ?
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