Partir à la retraite au Portugal, est-ce réellement un bon plan financier ?

La fermeture du régime RNH en 2024 a supprimé l’avantage fiscal majeur qui rendait le Portugal attractif pour les retraités français, et la flambée immobilière a réduit l’écart de coût de vie, transformant une évidence en question complexe.

Pendant une décennie, le Portugal était le choix financier évident pour les retraités français : fiscalité quasi nulle grâce au régime RNH et coût de vie nettement inférieur. Depuis 2024, cette équation a changé. Cet article analyse les deux variables qui ont changé, fiscalité et coût de vie, pour répondre à une seule question : pour quel profil de retraité le Portugal reste-t-il rentable ?

Portugal : l’avantage fiscal a disparu, et c’est un changement majeur

Pendant quinze ans, le régime RNH, Résident Non Habituel, a structuré l’attractivité portugaise pour les retraités étrangers. Créé en 2009, il offrait une exonération quasi totale d’impôt sur les pensions étrangères pendant dix ans.

Dans sa dernière version, applicable aux arrivées entre avril 2020 et fin 2023, les pensions de source étrangère étaient soumises à un taux forfaitaire de 10 % pendant dix ans. C’était un avantage difficile à trouver ailleurs en Europe.

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, ce régime est fermé aux nouveaux entrants. Les retraités français qui s’installent au Portugal aujourd’hui tombent sous le barème progressif de l’IRS portugais, qui varie de 12,5 % à 48 %, avec une surtaxe de solidarité de 2,5 % au-delà de 80 000 € et de 5 % au-delà de 250 000€.

Le chiffre qui résume tout : avec une pension annuelle brute de 36 000 €, l’impôt dû au Portugal atteint environ 10 095 €, soit un taux effectif d’environ 28 %. En France, ce même revenu génère une charge d’environ 6 000 €, soit un taux effectif de 16 à 17 % (Cyril Jarnias, expert en gestion de patrimoine). La différence annuelle dépasse 4 000 €, en défaveur du Portugal.

Le régime IFICI, successeur du RNH, propose un taux de 20 % sur certains revenus d’activité pendant dix ans. Il cible exclusivement les profils qualifiés en recherche, technologie et innovation, et exclut explicitement les pensions. Pour un retraité français s’installant en 2026, il ne change rien.

Un point souvent ignoré : les fonctionnaires français dont la pension est de source publique restent imposés en France, quelle que soit leur résidence. Pour eux, le déménagement au Portugal n’apporte aucun gain fiscal sur la pension.

La fermeture du RNH transforme radicalement l’équation financière. Mais la fiscalité n’est qu’une partie du problème. L’autre élément qui a changé, c’est le coût de la vie lui-même. Découvrez notre article sur les vacances : cette région française abrite à elle seule plus d’un quart des « Plus beaux villages de France ».

Le coût de la vie au Portugal s’est rapproché de la France plus vite que prévu

Après la perte de l’avantage fiscal, le coût de la vie restait l’argument de repli. Cette compensation s’est érodée.

L’inflation portugaise a atteint 7,8 % en 2022, puis 4,3 % en 2023, avant de redescendre à environ 2,3 % en 2024 et 2,2 % en 2025. Ces trois années consécutives de forte hausse ont mécaniquement rogné le pouvoir d’achat des retraités installés au Portugal, et réduit l’écart avec la France.

L’immobilier illustre cette convergence de façon encore plus frappante. En 2025, le prix moyen au mètre carré au Portugal a atteint 2 701 €, avec une hausse de +16,3 % sur un an, la plus forte de l’Union européenne. Dans les zones attractives, l’écart avec la France s’est inversé : Lisbonne dépasse 5 000 €/m², l’Algarve 4 400 €/m², Porto environ 3 940 €/m².

Dans les zones touristiques, Lisbonne, Porto, Algarve, les loyers approchent ou dépassent ceux de villes françaises de taille comparable. Un appartement en Algarve ou dans le centre de Lisbonne n’a plus grand-chose d’une bonne affaire immobilière.

Cyril Jarnias, expert en gestion de patrimoine, formule un constat sans ambiguïté : « Pour un retraité moyen, la France est désormais, fiscalement, plus clémente que le Portugal. »

Le Portugal est-il devenu un mauvais plan pour autant ? Pas nécessairement, tout dépend de votre profil et de votre zone d’installation.

Pour qui le Portugal reste-t-il intéressant ? (Et pour qui ce n’est plus le cas)

La réponse est géographique autant que financière : le Portugal n’est pas un bloc uniforme. Les zones touristiques et les grandes métropoles ont convergé vers les prix français, voire les dépassent. L’intérieur du pays, l’Alentejo, les petites villes de province — c’est une autre réalité.

Dans ces territoires moins exposés à la pression touristique, le coût de la vie reste sensiblement inférieur à celui de la France. Les services à domicile, les artisans, les commerces de proximité y demeurent plus accessibles financièrement. Le cadre de vie et le climat constituent des avantages réels, mais qui ne compensent pas seuls une équation fiscale défavorable.

Avec un budget mensuel de 1 800€ pour une personne seule, il est possible de couvrir logement, dépenses courantes et loisirs avec une marge — à condition de s’éloigner des grandes villes touristiques. Pour un couple, le seuil de confort monte à environ 2 500€/mois. En dessous de ces seuils, la marge de manœuvre se réduit fortement.

La santé est un point de vigilance concret. Le système de santé public portugais peut être saturé dans certaines zones. Une assurance santé privée complémentaire est souvent nécessaire pour les expatriés — plusieurs centaines d’euros par mois selon l’âge et l’état de santé. Ce coût doit être intégré dans le calcul budgétaire.

Le signal le plus révélateur vient du terrain : en 2026, des retraités français quittent le Portugal pour des villes françaises moins chères. Ce mouvement de retour, encore marginal, confirme que pour les revenus modestes et moyens, l’attractivité financière s’est érodée au point de remettre en cause l’installation elle-même.

Le Portugal conserve un intérêt pour trois profils : les bénéficiaires RNH encore en cours (arrivées avant 2024, jusqu’à expiration de leurs dix ans) ; les retraités du privé avec des revenus suffisants pour absorber l’IRS ; ceux qui s’installent délibérément hors des zones sous pression immobilière. Les fonctionnaires français, dont la pension reste imposée en France quelle que soit leur résidence, n’ont aucun gain fiscal à attendre du déménagement.

Ce que cela signifie concrètement

Le Portugal n’est plus un bon plan financier automatique. La décision dépend de votre pension, de votre statut (privé ou public) et de votre zone d’installation.

Les retraités qui quittent le Portugal pour revenir en France en 2026 le confirment : l’avantage s’est évaporé pour les revenus modestes et moyens. La combinaison d’une fiscalité redevenue défavorable et d’un immobilier en forte hausse dans les zones attractives a changé la nature même de ce choix. Retrouvez aussi notre article sur le Portugal n’a plus la cote : ces 4 destinations en Asie deviennent les nouveaux paradis financiers des retraités en 2026.

Votre pension est-elle privée ou publique ? Êtes-vous prêt à vous installer dans une petite ville portugaise loin des zones touristiques ? Ces deux questions déterminent si le Portugal est encore, pour vous, un bon plan financier.

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