Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les versements volontaires sur un PER après votre 70ᵉ anniversaire ne vous permettent plus de bénéficier d’une déduction fiscale : une première limite d’âge qui transforme la stratégie d’épargne retraite des seniors.
La loi de finances 2026 (n°2026-103 du 19 février 2026) introduit une rupture majeure dans le fonctionnement du PER : aucun versement volontaire effectué après le 70ᵉ anniversaire ne sera plus déductible de vos revenus imposables. Pour les retraités aisés qui utilisaient le PER comme outil d’optimisation fiscale, cette mesure supprime une économie d’impôt substantielle, jusqu’à 4 100 € par an à TMI 41% sur 10 000 € versés. Voici ce qui change, comment chiffrer votre perte fiscale, et les stratégies à mettre en place avant 70 ans.
PER après 70 ans : la fin de l’avantage fiscal à l’entrée
Pendant six ans, le PER n’avait aucune limite d’âge pour la déductibilité. Un retraité de 75 ans pouvait verser 10 000 € sur son plan et les déduire intégralement de ses revenus imposables. À TMI 30 %, cela représentait 3 000 € d’économie d’impôt. À TMI 41%, l’économie atteignait 4 100 €. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, ce même versement ne génère plus aucun avantage fiscal à l’entrée.
La loi de finances 2026 crée ainsi la première limite d’âge du dispositif depuis sa création par la loi PACTE en 2019. Elle s’applique aux PER individuels, collectifs et obligatoires, sans distinction.
Les versements effectués après 70 ans basculent dans le régime dit « non déductible » : pas d’avantage à l’entrée, mais à la sortie en capital, seules les plus-values sont taxées au PFU, le capital versé est exonéré d’impôt sur le revenu. L’épargnant conserve son PER, mais perd le levier fiscal qui en faisait l’intérêt principal pour les tranches élevées.
Le PER comptait 150,4 milliards d’euros d’encours au 31 décembre 2025, avec 12,9 millions de titulaires en progression de 20 % sur un an. L’ampleur du produit confirme que la mesure touche un socle d’épargnants massif, même si son impact réel reste concentré sur un profil précis. Découvrez notre article sur le PER : les versements ne sont plus déductibles des impôts si vous avez dépassé les 70 ans ?
« Cette mesure va impacter une minorité d’épargnants. Annuler la déductibilité des versements à compter de 70 ans s’avère être une méthode simple et efficace afin de limiter les optimisations fiscales, notamment pour ceux qui continuaient à verser dans la limite de 10% de leurs revenus alors qu’ils ne bénéficient plus de revenus d’activité, mais d’une pension de retraite. » Gilles Belloir, directeur de Placement-direct.fr
Comment optimiser vos versements avant 70 ans : plafonds et stratégies
La fenêtre de déductibilité se referme à 70 ans. Les années qui précèdent cet âge deviennent le terrain de l’optimisation fiscale, à condition de maîtriser les plafonds.
Pour 2026, le plancher de déduction est fixé à 4 806 € (10% du PASS 2026) et le plafond à 38 448 €, soit 10 % des revenus d’activité dans la limite de 8 fois le PASS 2025 (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale). Le PASS 2026 est établi à 48 060 € (contre 47 100 € en 2025).
Exemple concret : un célibataire déclarant 50 000 € de revenus, soumis à une TMI de 30 %, qui verse 3 000 € sur son PER avant ses 70 ans économise 900 € d’impôt. Ce même versement effectué après son anniversaire ne produit plus aucun effet fiscal à l’entrée.
Mais le montant à verser n’est pas neutre. Un piège existe pour les épargnants proches du seuil de tranche.
« Il est important de vérifier que, si l’épargnant est sur un taux marginal d’imposition à 30 %, il n’est pas en train, avec un versement supplémentaire, de passer à une TMI à 11 %. Dans ce cas précis, il aurait un bénéfice de 11 % au moment du versement et pourrait potentiellement avoir des revenus fiscalisés à 30 % à la sortie. Lorsqu’on verse sur un PER, il est toujours plus intéressant de rester à TMI constante, quand on est à 30 %, voire à 41 %. », Gilles Belloir, directeur de Placement-direct.fr
Le versement optimal est donc celui qui n’empiète pas sur la tranche à 11 %, un calcul à effectuer précisément selon le barème 2026 revalorisé de 0,9%, en vérifiant sa propre position dans la tranche.
Autre levier introduit par la loi de finances 2026 : le report des plafonds non utilisés passe de 3 à 5 ans, mais uniquement pour les plafonds générés à partir du 1ᵉʳ janvier 2026. Les plafonds 2023, 2024 et 2025 restent soumis à l’ancienne règle des 3 ans. Pour ceux qui approchent de 70 ans, l’effet concret de cette mesure ne se matérialisera pleinement qu’à partir de 2031, mais elle offre dès maintenant une fenêtre de planification plus longue pour les versements futurs.
Les autres leviers : couples, PERP, et impact de la hausse de CSG
Pour les couples mariés ou pacsés, la mutualisation des plafonds de déduction reste possible. Si l’un des conjoints a moins de 70 ans, il peut mobiliser les plafonds non utilisés de son partenaire pour maximiser ses versements déductibles, levier stratégique dès lors que l’un des deux a franchi 70 ans.
Le PERP, Plan d’Épargne Retraite Populaire, fermé à la commercialisation depuis octobre 2020, réserve une surprise. Contrairement au PER, il conserverait la déductibilité des versements après 70 ans pour ses titulaires : la loi de finances 2026 a modifié l’article 163 quatervicies du CGI visant explicitement le PER, sans étendre la restriction aux anciens produits. Les épargnants qui détiennent encore un PERP non transféré vers un PER ne seraient donc pas concernés par la restriction introduite en 2026. Cette asymétrie mérite attention avant toute décision de transfert.
À ces changements s’ajoute une pression supplémentaire sur la sortie du PER. La CSG sur les revenus du capital issus du PER a augmenté de 1,4 point : le taux global de prélèvements sociaux passe de 17,2 % à 18,6 %, avec une CSG portée à 10,6 %. À noter : l’assurance-vie échappe à cette hausse et reste taxée à 17,2 %, creusant un écart de 1,4 point en faveur de ce produit concurrent. Ce double mouvement, moins d’avantage à l’entrée après 70 ans, plus de prélèvements à la sortie, renforce mécaniquement l’intérêt de maximiser les versements déductibles pendant la fenêtre qui reste ouverte.
Cette suppression de l’avantage fiscal après 70 ans épargne la majorité des épargnants, mais exige une anticipation immédiate pour ceux qui en bénéficiaient. Les cinq années précédant votre 70ᵉ anniversaire deviennent critiques : c’est le moment de saturer vos plafonds de déduction, de vérifier votre positionnement dans votre tranche d’imposition, et d’explorer la mutualisation des plafonds si vous êtes en couple. Passé 70 ans, l’économie fiscale ne reviendra pas. Retrouvez aussi notre article sur les impôts 2026 : cette hausse de la CSG qui va alourdir vos dividendes sans prévenir.
Avez-vous calculé le montant optimal que vous pourriez verser cette année avant d’atteindre 70 ans, sans basculer vers une tranche inférieure ?
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