Les chantiers éducatifs de l’Europe face à l’impact social du COVID 19

L'Europe face aux chantiers éducatif causé par la pandémie

Les pays occidentaux ont réagi à la perturbation de l’enseignement en introduisant diverses modalités d’enseignement à distance.

Pourtant, malgré une action rapide, le retard d’apprentissage sera inévitable et considérable, touchant de manière disproportionnée les personnes défavorisées, avec une part plus importante d’élèves retombant dans l’analphabétisme fonctionnel et risquant d’abandonner complètement l’école ou de développer des problèmes d’ordre socio-émotionnel importants.
Selon les estimations, le nombre d’élèves ne maîtrisant pas les compétences de base en lecture pourrait passer de 53 % actuellement à 61 % en Europe occidentale.

Tant que les écoles restent fermées ou partiellement rouvertes, le renforcement de l’enseignement à distance et du soutien aux enseignants et aux parents peut atténuer le retard d’apprentissage. Des programmes d’apprentissage accéléré pour compenser les lacunes des élèves et un budget adéquat pour l’éducation afin de garantir des conditions minimales pour faire face aux coûts supplémentaires de l’après-COVID-19 seront essentiels pour que les élèves rattrapent leur retard et que de nouvelles inégalités soient évitées.

Mettre en œuvre des programmes de reprise de l’apprentissage

Dans l’immédiat, les gouvernements doivent veiller à ce que les élèves qui ont pris du retard reçoivent le soutien dont ils ont besoin pour rattraper les objectifs d’apprentissage attendus. La première étape doit consister à effectuer des évaluations juste à temps pour identifier ces élèves et leurs besoins de soutien. Des recherches ont montré que des programmes de tutorat de 12 semaines peuvent aider les élèves à faire le genre de progrès que l’on attendrait de trois à cinq mois de scolarité normale. En Italie, les élèves du collège qui ont bénéficié de trois heures de tutorat en ligne par semaine via un ordinateur, une tablette ou un smartphone ont vu leurs performances en mathématiques, en anglais et en italien augmenter de 4,7 %.

L’Ukraine quant à elle met en œuvre des programmes de continuité de l’apprentissage. Avec le concours du ministère ukrainien de l’éducation et des sciences et du ministère de la transformation numérique, cette initiative vise à aider les enseignants et les élèves à rester connectés, à avoir accès au matériel pédagogique et à poursuivre leur scolarité pendant la période de mesures de quarantaine renforcées où les écoles sont (ou seront) fermées. A l’instar de la France, le gouvernement ukrainien a lancé une plateforme éducative contenant des leçons dans 18 matières fondamentales et se composant de vidéos, de tests et d’un corpus de documents. Les élèves ont la possibilité de suivre leurs progrès d’apprentissage.

L’écueil de la connectivité en zone rurale et précaire

En dépit de toutes ces initiatives, des études confirment que la connectivité Internet et l’accès limités aux appareils pour l’apprentissage en ligne (en particulier dans les zones rurales), auxquels s’ajoute un soutien public insuffisant pour l’apprentissage à distance, posent des problèmes. Outre les programmes de continuité de l’apprentissage, l’Europe pourrait envisager de soutenir des évaluations d’élèves pour mesurer l’ampleur des retards d’apprentissage et identifier les élèves qui ont pris du retard et qui pourraient avoir besoin d’un soutien ciblé supplémentaire pour le rattraper. Des programmes d’apprentissage accéléré ou de tutorat pourraient contribuer à combler le déficit d’apprentissage.

Protéger le budget de l’éducation

Compte tenu de l’importante pression financière à laquelle les économies ont été soumises pendant la pandémie, certains pays peuvent être confrontés à des coupes budgétaires gouvernementales qui pourraient mettre en péril les progrès réalisés ces dernières années en termes d’accès à l’éducation et d’amélioration des résultats d’apprentissage.

Pour assurer une reprise résiliente, il est essentiel que le budget de l’éducation soit protégé et que les écoles qui ont le plus besoin de financement soient soutenues. Pour aider les élèves les plus vulnérables, les gouvernements ont le devoir de donner la priorité en dirigeant une grande partie des fonds et des ressources vers le soutien aux écoles dispensant un enseignement à distance, en particulier si ces écoles desservent des populations très pauvres et très minoritaires.

Pour encourager les élèves à rester à l’école, il convient d’élaborer des mécanismes incitatifs comme des bourses d’études. Cependant, les programmes de récupération de l’apprentissage ne seront pas réalisables sans un soutien financier substantiel. En cas de coupes budgétaires, les familles aisées pourront continuer à financer des coups de pouce éducatifs tels que le tutorat, mais les familles à faible revenu ne pourront pas aussi facilement combler ce déficit.

Par exemple, le Royaume-Uni a annoncé la création d’un fonds de rattrapage pour les élèves d’un montant de 1 milliard de livres sterling, dont une partie est réservée au soutien scolaire, et d’un programme national de soutien scolaire doté d’un budget de 76 millions de livres sterling. Il est clair que d’importantes allocations budgétaires et d’autres actions seront nécessaires pour retrouver les niveaux d’apprentissage antérieurs.

Certains pays d’Europe (de l’Union, ou de l’Europe géographique) ont pris des mesures pour protéger et consolider les dépenses d’éducation en 2021 en augmentant les transferts aux gouvernements locaux pour les aides à l’enseignement et les équipements, en fournissant un soutien et une protection sociale supplémentaires aux enseignants et au personnel académique par le biais d’augmentations de salaire (c’est le cas de l’Ukraine), et en mettant en œuvre un nouveau transfert aux gouvernements locaux pour la sécurité des écoles et d’autres mesures visant à lutter contre le COVID-19.

Anticiper de futures crises

Il est impératif de penser la pandémie de COVID-19 en tant que telle mais également d’utiliser cette expérience pour mieux se préparer aux crises futures. Pour atteindre cet objectif, les pays doivent renforcer leur capacité à proposer des modèles d’éducation hybride à l’avenir. Les écoles doivent être mieux préparées à passer facilement de l’apprentissage en face à face à l’apprentissage à distance si nécessaire. Cela permettra de protéger l’éducation des élèves non seulement lors des futures pandémies, mais aussi lors d’autres chocs susceptibles d’entraîner la fermeture des écoles, comme les catastrophes naturelles ou les phénomènes météorologiques défavorables. Cela créera également des opportunités pour des approches plus individualisées de l’enseignement et de l’apprentissage.

Dans cette optique, il sera nécessaire de développer des programmes d’études flexibles pouvant être enseignés en personne ou en ligne. En outre, les enseignants doivent être mieux équipés pour gérer un large éventail de dispositifs informatiques en cas de futures fermetures d’écoles. Proposer des formations courtes pour améliorer leurs compétences numériques sera utile. Profiter de la période post-pandémique pour reconstruire les systèmes éducatifs et les rendre résilients est une priorité. Dans le même temps, il est important de construire un futur système éducatif capable de mieux utiliser les modèles d’apprentissage mixte pour atteindre tous les apprenants à leur niveau et proposer des approches plus individualisées de l’enseignement.

Bien qu’il s’agisse d’un processus à long terme, il convient de prendre des mesures dans ce domaine dès aujourd’hui. Les autorités vont devoir légiférer et élaborer des réglementations pour l’enseignement à distance, et des efforts sont à réaliser ou à poursuivre pour accroître le nombre d’écoles disposant d’une connectivité Internet et d’un accès aux appareils et équipements numériques, afin de permettre une plus grande utilisation des approches d’apprentissage mixte dans les écoles à l’avenir.

Vers un avenir mieux préparé

Malgré tout, la reconstruction numérique et éducative exige des mesures fortes et une nouvelle vision du type de capital humain dont le monde aura besoin pour se développer et prospérer à l’avenir. Cette réforme de l’éducation s’inscrit dans une double initiative, celle de l’enseignement scolaire et celle de l’enseignement supérieur. La Banque mondiale propose une collaboration avec l’Europe pour soutenir la continuité de l’apprentissage et la résilience opérationnelle dans l’enseignement supérieur grâce à des initiatives visant à étendre la numérisation dans le secteur de l’éducation. Ces efforts aideront les établissements d’enseignement supérieur à se remettre des impacts de COVID-19 tout en s’adaptant à des approches plus résilientes et plus flexibles à l’avenir.

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