Le PER peut servir à transmettre un capital, mais seulement si l’épargnant peut se permettre de ne pas le transformer en revenu de retraite.
Le plan d’épargne retraite garde une image assez simple : on verse pendant sa vie active, on récupère à la retraite. C’est sa fonction normale. Mais certains épargnants l’utilisent avec une autre logique, plus patrimoniale.
L’idée n’est pas de faire du PER une assurance-vie bis. Le mécanisme peut devenir intéressant quand le titulaire dispose déjà de revenus suffisants à la retraite et choisit de conserver son plan jusqu’au décès. Dans ce cas, le sujet n’est plus seulement la sortie en capital ou en rente : c’est la transmission.
Le marché pèse désormais lourd. France Assureurs chiffre à 100 milliards d’euros le montant de l’épargne accumulée sur les PER commercialisés par les assureurs. Ce volume explique pourquoi la question successorale devient plus concrète pour de nombreux foyers.
La vraie condition : ne pas avoir besoin du PER pour vivre à la retraite
Le PER devient patrimonial quand il n’est plus indispensable au train de vie du retraité. C’est là que le raisonnement change. Si le titulaire doit liquider son plan pour compléter sa pension, le PER remplit son rôle de revenu différé. S’il peut le laisser intact, il devient un capital transmissible.
Cette différence compte, car les versements volontaires déduits du revenu imposable ont déjà produit un avantage fiscal à l’entrée. En conservant le plan jusqu’au décès, cet avantage n’est pas repris dans les conditions évoquées par l’expert patrimonial cité dans le dossier initial.
Le calcul devient alors très différent d’une sortie classique. Un épargnant fortement imposé pendant sa vie active peut avoir profité d’une économie d’impôt au moment des versements. S’il liquide ensuite son PER, la sortie retrouve une fiscalité propre. S’il le conserve, le capital peut être transmis aux bénéficiaires, selon le type de PER et l’âge au décès.
C’est pour cette raison que le PER ne convient pas à tous les profils. Il peut être malin pour un foyer déjà sécurisé, beaucoup moins pour quelqu’un qui aura besoin de cette épargne pour payer ses dépenses courantes à la retraite. Découvrez notre article sur l’assurance-vie avant 70 ans : le détail fiscal qui peut changer la somme vraiment transmise.
Avant ou après 70 ans, la transmission ne se joue pas de la même façon
Le point à surveiller est le type de PER. Un PER compte-titres rejoint l’actif successoral et suit les règles classiques des droits de succession. Un PER assurantiel fonctionne différemment avec une désignation de bénéficiaires et un régime proche de celui de l’assurance-vie.
Pour un décès avant 70 ans, le texte de départ évoque un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire sur le PER assurantiel. Au-delà, la part taxable serait soumise à un prélèvement de 20 % jusqu’à 700 000 euros, puis de 31,25 %. Ces seuils sont puissants, mais ils ne doivent pas être lus isolément.
L’abattement de 152 500 euros n’est pas propre au PER. Il s’apprécie avec les autres capitaux soumis au même régime, notamment l’assurance-vie. Un bénéficiaire qui reçoit déjà une somme importante via une assurance-vie du même défunt ne repart donc pas avec un compteur neuf pour le PER.
Après 70 ans, le PER assurantiel perd une grande partie de son attrait successoral. Le dossier initial indique que le capital et les gains seraient alors soumis aux droits de succession selon le lien de parenté, après un abattement global de 30 500 euros. C’est beaucoup moins confortable qu’un abattement individuel de 152 500 euros par bénéficiaire.
Cette bascule explique pourquoi l’âge du titulaire au décès devient une donnée centrale. Pour l’assurance-vie, l’âge au moment des versements joue un rôle décisif. Pour le PER assurantiel, c’est l’âge au décès qui pèse dans le régime décrit.
Un outil complémentaire, pas un remplaçant de l’assurance-vie
Le PER peut donc transmettre plus qu’une épargne retraite, mais il le fait dans un couloir étroit. Il faut un plan adapté, une clause bénéficiaire propre, une absence de besoin immédiat à la retraite et une fiscalité successorale encore favorable au moment du décès.
La clause bénéficiaire mérite une vraie attention. Elle peut protéger le conjoint survivant ou le partenaire de Pacs, exonéré de droits de succession, et organiser la répartition avec les enfants. Mal rédigée, elle peut au contraire brouiller l’objectif patrimonial.
Le PER peut aussi permettre une allocation plus dynamique si l’argent n’a pas vocation à être consommé rapidement. Mais cette logique suppose d’accepter le risque de marché, surtout lorsque le plan contient des unités de compte. Transmettre davantage ne signifie pas sécuriser automatiquement davantage.
Dernier point : la règle peut bouger. Le texte de départ mentionne des débats budgétaires pour 2026 autour d’une possible remise en cause de l’avantage fiscal obtenu à l’entrée en cas de décès. La mesure n’aurait pas été retenue, tandis que les versements après 70 ans ne seraient plus déductibles du revenu imposable depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. Ces éléments doivent être vérifiés sur les textes officiels avant toute décision patrimoniale. Retrouvez aussi notre article sur la retraite : certains pères ont déjà le droit pour un enfant qui peut changer leur pension en 2026.
Le bon réflexe n’est donc pas de vider ou de conserver son PER par principe. Il faut d’abord répondre à une question très concrète : ce capital servira-t-il à financer la retraite, ou peut-il rester investi pour être transmis ? Toute la stratégie dépend de cette réponse.
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