Fin du cumul AAH-ASS : derrière la baisse mensuelle, un risque durable pour la future retraite

La disparition de l’ASS ne menace pas uniquement le budget mensuel des derniers bénéficiaires du cumul : elle peut aussi interrompre la constitution de droits utiles pour leur future retraite.

La dérogation accordée aux personnes qui percevaient déjà l’allocation aux adultes handicapés et l’allocation de solidarité spécifique avant 2017 doit s’arrêter le 31 décembre 2026. À partir du 1ᵉʳ janvier 2027, elles conserveraient leur AAH, mais perdraient l’ASS.

Environ 15 000 personnes seraient encore concernées. La baisse immédiate peut atteindre plusieurs centaines d’euros par mois. Le second effet est moins visible sur un relevé bancaire : l’ASS est liée à des périodes de chômage indemnisé susceptibles de compter pour la retraite, contrairement à l’AAH versée seule.

Une dérogation de dix ans arrive à son terme

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2017, le cumul entre l’AAH et l’ASS n’est plus autorisé pour de nouveaux droits. Cette règle est confirmée par Mon Parcours Handicap, le portail national d’information sur le handicap.

Les personnes qui percevaient déjà les deux allocations au 31 décembre 2016 ont toutefois bénéficié d’un maintien temporaire. Cette dérogation a été prévue pour dix ans. Elle doit donc prendre fin le 31 décembre 2026, sans suppression annoncée de l’AAH elle-même. Retrouvez notre article sur l’AAH en ESAT : dès octobre 2026, cette déclaration en plus peut bloquer une aide si elle est oubliée.

Les bénéficiaires concernés sont souvent âgés de plus de 50 ans, en situation de handicap et durablement éloignés de l’emploi. Ils doivent avoir conservé des droits ouverts avant 2017 et remplir encore les conditions d’attribution des deux prestations.

Le montant maximal de l’AAH est présenté à 1 041,59 euros par mois depuis le 1ᵉʳ avril 2026. L’ASS est annoncée à 19,48 euros par jour en métropole, soit environ 580 à 600 euros pour un mois complet. Le montant réellement perdu dépend néanmoins du dossier, des ressources et du nombre de jours indemnisés.

Céline, 52 ans, interrogée à Nantes par franceinfo, explique avoir découvert tardivement qu’elle perdrait 600 euros d’ASS. Elle déclare percevoir 1 041 euros d’AAH et payer un loyer de 670 euros. Son budget illustre l’ampleur possible de la rupture, même s’il ne permet pas d’établir une perte identique pour tous les allocataires.

Pourquoi la retraite pourrait subir un effet durable

L’ASS ne se résume pas à une somme versée chaque mois. En tant qu’allocation associée au chômage indemnisé, elle peut permettre la validation de périodes prises en compte pour la retraite. L’AAH est un minimum social lié au handicap et n’ouvre pas directement les mêmes droits.

La suppression de l’ASS peut donc produire deux effets successifs. Le premier apparaît dès janvier 2027 avec la baisse des ressources. Le second peut se révéler plus tard, au moment de liquider la retraite, si les périodes suivant la fin du cumul ne permettent plus de valider les mêmes droits.

L’effet exact ne sera pas identique pour chaque personne. Il dépendra notamment de l’âge, de la carrière déjà enregistrée, du nombre de trimestres acquis et d’éventuelles autres périodes validées. Un relevé individuel de carrière devient donc plus utile qu’une estimation générale.

La difficulté est renforcée par la situation des demandeurs d’emploi les plus âgés. Des données de l’Unédic reprises par Aide-sociale.fr en septembre 2026 indiquent que les plus de 50 ans restent en moyenne 520 jours inscrits à France Travail, contre 340 jours pour les 25-49 ans. Pour des bénéficiaires déjà durablement éloignés de l’emploi, retrouver rapidement une activité cotisée ne constitue donc pas une solution évidente.

APF France handicap parle d’une « double peine » : moins de revenus immédiatement et un risque de droits moins favorables à long terme. La formule résume bien l’enjeu, mais le nombre exact de trimestres potentiellement perdus doit être calculé dossier par dossier par l’Assurance retraite.

Les vérifications à effectuer avant janvier 2027

Les personnes qui perçoivent encore simultanément l’AAH et l’ASS doivent d’abord vérifier la date d’ouverture de leurs droits auprès de la CAF ou de la MSA et de France Travail. La fin annoncée concerne le régime dérogatoire conservé par les bénéficiaires déjà cumulants à la fin de 2016.

Il est également prudent de télécharger son relevé individuel de carrière et de demander une estimation de l’effet produit par l’arrêt de l’ASS. Cette démarche permet d’identifier les périodes déjà validées et celles qui pourraient manquer avant l’âge de départ.

Le projet de loi de finances pour 2027 pourrait encore accueillir des mesures de compensation, mais aucune solution précise ne peut être considérée comme acquise sur la base des éléments disponibles. Une éventuelle annonce devra être vérifiée dans le texte adopté et ses décrets d’application.

La baisse mensuelle sera la conséquence la plus rapide et la plus facile à mesurer. Le risque retraite mérite pourtant la même vigilance : une perte de droits étalée dans le temps peut rester invisible pendant plusieurs années avant de peser sur le montant ou la date de départ. Pour aller plus loin, retrouvez aussi notre article sur l’AAH 2026 : ce qui va vraiment changer pour les retraités cette année.

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