Livret A, LEP, LDDS : 3 scénarios pour le 1ᵉʳ août — lequel est le plus probable ?

Depuis le 1er février 2026, le Livret A est rémunéré à 1,50% et le LEP à 2,50% : ces taux seront révisés le 1er août prochain sur recommandation du gouverneur de la Banque de France, attendue à la mi-juillet. Pour les 58 millions de détenteurs de Livret A en France, cette décision impacte directement le rendement de leur épargne et, indirectement, les conditions de financement du logement social. Pourquoi l’inflation à 2,40 % et la déclaration d’Olivier Sichel (CDC) font de la hausse à 1,80 % le scénario le plus probable, et pourquoi le gouvernement garde tous les outils pour déroger.

Scénario 1 : la hausse à 1,80 % s’impose par la mécanique de l’inflation

L’inflation a atteint 2,40 % en mai 2026 selon l’INSEE, soit 0,5 point au-dessus des prévisions établies avant le conflit au Moyen-Orient. Ce chiffre change tout.

La formule réglementaire de calcul du taux du Livret A intègre l’inflation et le taux €ster. Appliquée mécaniquement, elle aboutit à une hausse de 0,30 point : le Livret A et le LDDS passeraient de 1,50% à 1,80%, le LEP de 2,50 % à 2,80 % (formule réglementaire, Banque de France). La hausse moyenne des prix sur le premier semestre 2026 pourrait s’approcher de 1,60 % sur un an, contre 1,25% envisagés avant le conflit au Moyen-Orient. La formule n’a pas de marge d’interprétation à ce niveau d’inflation.

Le signal le plus fort vient d’Olivier Sichel, directeur général du groupe Caisse des Dépôts et Consignations, qui gère les fonds collectés sur le Livret A. Le 11 juin 2026, sur Public Sénat, il a déclaré anticiper une hausse du taux du Livret A aux alentours de 1,80% (MoneyVox, 12 juin 2026). La CDC est l’institution la mieux placée pour évaluer cette trajectoire : elle finance le logement social avec ces ressources et supporte directement le coût d’une hausse de taux.

Philippe Crevel, économiste, abonde dans ce sens sous conditions : « Si l’inflation accélère, autour de 3%, et si le conflit au Moyen-Orient perdure, il lui sera difficile de maintenir à 1,5 % le taux du Livret A. Il pourrait être conduit à le relever à 1,8%/2% » (Meilleurtaux Placement, mai 2026).

Le conflit au Moyen-Orient et la hausse des prix des carburants constituent les deux moteurs inflationnistes persistants identifiés par les économistes. La BCE a relevé son taux de dépôt à 2,25% le 11 juin 2026, mais ce mouvement est trop récent pour peser sur la moyenne semestrielle de l’€ster intégrée à la formule. L’inflation reste le facteur déterminant.

Emmanuel Moulin, entré en fonction comme nouveau gouverneur de la Banque de France le 2 juin 2026, fera sa première recommandation à la mi-juillet. Ancien secrétaire général de l’Élysée et ex-directeur général du Trésor, il connaît précisément les enjeux politiques de cette décision. Mais ignorer une inflation à 2,40 % lors de sa toute première recommandation serait un signal difficile à justifier publiquement. Retrouvez notre article sur le Livret A : une remontée du taux « aux alentours de 1,8 % » au 1er août ce que ça change pour votre épargne.

Scénario 2 : le statu quo à 1,50%, une tentation politique malgré l’inflation

Le ministre de l’Économie dispose d’un pouvoir discrétionnaire. Il peut déroger à la formule réglementaire sur recommandation du gouverneur de la Banque de France. Ce n’est pas une hypothèse théorique : c’est précisément ce mécanisme qui avait permis d’abaisser le Livret A de 1,70 % à 1,50 % au 1ᵉʳ février 2026, sous Villeroy de Galhau et le ministre Roland Lescure (Ministère de l’Économie, janvier 2026).

L’argument économique contre une hausse est réel. Philippe Crevel le formule clairement : « Une hausse du taux du Livret A serait une incitation au relèvement des taux de crédit des banques. Or, le gouvernement souhaite avant tout une reprise de l’investissement et n’entend pas encourager l’épargne de précaution afin de ne pas pénaliser la consommation » (Meilleurtaux Placement, mai 2026).

Un Livret A plus attractif oriente l’épargne vers des produits sans risque au détriment de la consommation et de l’investissement productif, un frein réel dans une économie qui cherche à redémarrer.

L’enjeu pour les bailleurs sociaux est également considérable. Les prêts accordés aux organismes HLM et aux collectivités locales sont fréquemment indexés sur le taux du Livret A (Meilleurtaux Placement, mai 2026). Une hausse de 0,30 point se répercute mécaniquement sur leurs coûts de financement, au moment où le gouvernement cherche à relancer la construction de logements.

L’élection présidentielle du printemps 2027 ajoute une dimension politique supplémentaire. Pénaliser les bailleurs sociaux et freiner la consommation quelques mois avant une présidentielle constitue un risque politique que le gouvernement évaluera soigneusement.

Ce scénario a cependant une limite. Maintenir le Livret A à 1,50 % avec une inflation à 2,40 % signifie un taux réel négatif pour les épargnants. Philippe Crevel lui-même ouvre une porte de sortie géopolitique : « Si, en juillet, une solution diplomatique est trouvée entre l’Iran et les États-Unis, une baisse du cours du pétrole devrait rapidement intervenir et faire baisser la pression inflationniste » (Meilleurtaux Placement, mai 2026). Si l’inflation reflue avant la mi-juillet, le statu quo redevient défendable.

Scénario 3 : le coup de pouce au LEP, un précédent qui change la donne

Le troisième scénario est souvent sous-estimé. Il repose sur un précédent documenté et sur la logique politique du moment.

En août 2025, le gouvernement avait fixé le LEP à 2,70% au lieu de 2,20% selon la formule stricte (ABE Infoservice, 1ᵉʳ août 2025). Cet écart de 0,50 point par rapport à la formule n’était pas une erreur de calcul : c’était un choix délibéré pour protéger le pouvoir d’achat des ménages modestes, seuls éligibles au LEP sous conditions de ressources.

Ce précédent établit que le gouvernement peut dissocier le sort du LEP de celui du Livret A : appliquer la formule pour le Livret A tout en accordant un coup de pouce au LEP au-delà de 2,80%, ou maintenir le Livret A à 1,50 % tout en relevant davantage le LEP.

L’écart d’un point entre LEP et Livret A (2,50% vs 1,50%) constitue un plancher politique implicite. Le gouvernement a toujours veillé à maintenir cet avantage pour les ménages modestes. Quel que soit le scénario retenu pour le Livret A, le LEP bénéficiera au minimum d’un traitement équivalent, voire plus favorable.

L’arrivée d’Emmanuel Moulin à la tête de la Banque de France introduit une incertitude supplémentaire. Son profil, ancien directeur général du Trésor, proche des arbitrages budgétaires de l’État, le rend potentiellement plus sensible aux arguments en faveur d’un coup de pouce ciblé sur le LEP plutôt qu’à une hausse généralisée. Sa première recommandation dira beaucoup sur la doctrine qu’il entend appliquer.

Le scénario 1 reste le plus probable : l’inflation à 2,40%, et l’anticipation explicite d’Olivier Sichel (CDC, 11 juin 2026) constituent des signaux que le nouveau gouverneur Moulin aura du mal à ignorer lors de sa première recommandation officielle. La formule réglementaire pointe vers 1,80% pour le Livret A et le LDDS, 2,80 % pour le LEP.

Cependant, le gouvernement dispose de tous les outils pour choisir le statu quo ou un coup de pouce au LEP. La décision de mi-juillet est moins prévisible qu’elle ne l’était sous Villeroy de Galhau, dont la doctrine était connue et balisée. Moulin est une inconnue. Pour aller plus loin, retrouvez notre article sur le Livret A, LDDS, LEP : quels taux au 1ᵉʳ août ?

Si vous détenez un Livret A ou un LEP, une hausse à 1,80% et 2,80% est le scénario le plus probable au 1er août. Mais le gouvernement a déjà dévié de la formule par le passé : la recommandation de Moulin, attendue à la mi-juillet, sera le vrai signal.

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