Surtaxe : « L’administration fiscale se gave sur notre dos », quand la taxe d’habitation sur les résidences secondaires devient l’impôt de trop

600 résidents secondaires, une surtaxe de 60 %, un dialogue rompu : à Roquebrune-sur-Argens, la colère gronde. Derrière ce cas varois, ce sont plus de 1 600 communes françaises qui choisissent de ponctionner davantage les propriétaires de résidences secondaires. En ligne de mire : un impôt local qui devait disparaître… et qui revient en force sous une autre forme, parfois brutale.

Un impôt local supprimé… sauf pour ceux qui n’y vivent pas

En 2023, la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales a été saluée comme une victoire pour le pouvoir d’achat. Mais pour les résidences secondaires, elle est restée intacte – et bien souvent, majorée. Depuis 2017, 3 690 communes situées en zone tendue peuvent appliquer une surtaxe allant de 5 à 60 %.

Loin d’être marginal, ce dispositif touche désormais 1 628 communes. Il permet aux municipalités de compenser la perte de recettes fiscales, tout en affichant une posture politique : sanctionner les logements rarement occupés. Dans les faits, il crée une fracture entre propriétaires « présents » et « absents ».

À Roquebrune-sur-Argens, la décision municipale prise en septembre 2023 d’appliquer la majoration maximale a provoqué un choc. L’addition est salée : +60 % sur une taxe déjà élevée. Et pour les 600 propriétaires concernés, le coup est rude.

« On paie déjà la taxe foncière, on ne coûte rien à la commune, et voilà qu’on nous traite comme des coupables à punir », résume Alain Brunschwiler, membre du collectif formé pour contester la surtaxe.

Une surtaxe qui divise et qui pèse lourd

Les défenseurs de la surtaxe invoquent un argument simple : les résidences secondaires aggraveraient la pénurie de logements à l’année dans les zones touristiques. En taxant ces propriétés, on espérerait les rendre moins attractives, voire inciter leurs propriétaires à les mettre sur le marché locatif.

Sauf que dans les faits, l’objectif reste largement théorique. « Aucun membre du collectif ne mettra sa maison en location longue durée. Nous y venons plusieurs mois par an », affirme Raymond Bonomo, l’un des porte-voix des résidents de Roquebrune.

Le risque, selon lui, est ailleurs : raréfier les investissements, faire fuir les acheteurs potentiels, et in fine, fragiliser le tissu économique local. « Les résidences secondaires, ce sont des restaurants pleins, des artisans qui travaillent, des commerces qui tournent. Si on les pousse dehors, c’est toute l’économie du village qui trinque », alerte-t-il.

Dans un territoire où seuls 35 % des propriétaires de résidences secondaires sont considérés comme « aisés » selon l’Insee, l’argument de justice sociale devient plus flou. Ce n’est pas une élite qu’on taxe. Ce sont aussi des retraités, des couples modestes, des familles attachées à un lieu.

Le cas Roquebrune : une rupture de dialogue révélatrice

Le cas de Roquebrune-sur-Argens est emblématique d’un fossé grandissant entre fiscalité locale et sentiment de justice fiscale (source). Après une première réunion jugée constructive en juin 2025, la municipalité s’était engagée à reprendre le dialogue avec le collectif. Mais depuis, plus rien.

« Nous avons proposé des alternatives : compenser les 2,6 millions d’euros générés par la surtaxe autrement. Nous attendions une deuxième réunion en juillet. Elle n’est jamais venue », déplore Benoît Herard.

Face à ce silence, la riposte s’organise : inscriptions sur les listes électorales, mobilisation citoyenne, pression médiatique. L’enjeu n’est pas seulement fiscal, il devient politique.

Le maire Jean Cayron assure vouloir « recevoir le collectif prochainement », mais sans engagement de date. Pendant ce temps, la date butoir approche : si rien n’est voté avant la fin septembre, la surtaxe de 60 % sera reconduite en 2026.

Une logique fiscale sous tension

Ce retour en force de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires illustre une tendance plus large : l’administration fiscale ne lâche rien. Ce que l’État perd d’un côté, les communes cherchent à le récupérer ailleurs. Et les résidences secondaires sont devenues la variable d’ajustement idéale.

Derrière le discours de lutte contre la vacance, se cache souvent un besoin urgent de financement local. Routes, écoles, équipements : autant de dépenses que les municipalités doivent couvrir avec des marges de manœuvre de plus en plus réduites.

Le Code général des impôts autorise cette surtaxe depuis 2017. Mais l’encadrement reste souple. Chaque commune décide, seule, de son taux. Ce qui crée de fortes disparités : à quelques kilomètres de Roquebrune, Sainte-Maxime n’applique aucune surtaxe. Saint-Raphaël se limite à 20 %. De quoi nourrir un sentiment d’injustice chez ceux qui se sentent pris pour cible.

« C’est simple : en changeant de commune, vous pouvez diviser par trois le montant de votre taxe d’habitation. Où est l’équité fiscale là-dedans ? » interroge un membre du collectif.

Ce que cette surtaxe révèle sur notre rapport à l’impôt

La situation met en lumière un paradoxe français : nous voulons des services publics locaux, mais sans toujours accepter le prix à payer. Les communes, elles, veulent de la liberté fiscale sans toujours assumer la cohérence de leurs choix.

Mais ce qui rend cette surtaxe particulièrement explosive, c’est sa cible : une population silencieuse, souvent absente des débats municipaux, et donc facile à taxer. Jusqu’à ce qu’elle s’organise.

En appelant à l’inscription sur les listes électorales, les membres du collectif de Roquebrune tentent de renverser la donne : transformer leur statut de contribuables passifs en force électorale active.

L’administration fiscale, elle, ne dit rien. Elle applique. Mais derrière cette façade de neutralité, c’est une réalité qui dérange : la fiscalité locale devient de plus en plus politique, et de moins en moins lisible.

Et vous, que pensez-vous de cette surtaxe ? Est-ce une mesure juste pour réguler le marché immobilier, ou un impôt de trop sur des citoyens déjà ponctionnés ? Partagez votre avis en commentaire, ou racontez-nous votre expérience en tant que résident secondaire.

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4 réflexions au sujet de “Surtaxe : « L’administration fiscale se gave sur notre dos », quand la taxe d’habitation sur les résidences secondaires devient l’impôt de trop”

  1. Mais c’est normal de payer une taxe d’habitation sur une résidence secondaire qui pour la plupart sont vides 3/4 de l’année alors que plein de gens n’arrive pas à se loger ou à devenir propriétaire d’une résidence principale… Vous faites augmenter les prix sans vouloir de contrepartie… Et si t’as pas les moyens, et bien tu fais comme tout le monde, tu te contente de ce que t’as et t’arrête de pleurer !

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  2. Je partage la colère des habitants de Roquebrune sur Argens .en effet j ai une résidence secondaire dans le Var et le Maire et ses adjoints ont augmenté notre taxe d’habitation de 35 % plus les contrôles faits par l administration fiscale pour traquer le moindre m2
    On fait travailler les jardiniers les entreprises de BTP.les commerçants car souvent ces résidences secondaires sont occupés 6 mois par an .
    Donc ces maires se gavent sur notre dos tout en se félicitant de leur gestion

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  3. J ai acheté mon appartement en résidence pour préserver l argent que mes parents m avaient légué. Pour que cette argent ne soit dilapidé, pour laisser quelque chose à ma fille.
    Je n’ ai qu une tte petite retraite, je suis donc obligé de louer l été pour pouvoir garder ce bien. J estime que je donne du bonheur aux personnes qui viennent en vacances. J en profite un peu l hiver. Je trouve dommage de se faire m’attaquer par les communes surtout que nous sommes privés d électricité le soir.
    Je ne trouve pas ça normal. Surtout, qu il est impossible de construire des usines ou centre d activités. Donc de tte façon les jeunes vont ailleurs.

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