Passé 70 ans, un Français laisse en moyenne 290 € par an de reste à charge santé, et la bascule de la mutuelle collective vers un contrat individuel moins généreux y pèse autant que l’âge.
Après remboursements de la Sécurité sociale et de la complémentaire, chaque Français a payé 150 € de sa poche pour se soigner en 2023, selon les chiffres publiés le 5 novembre 2026 par la Drees, le service statistique des ministères sociaux. Derrière cette moyenne, les écarts sont massifs : 40 € par an pour 80 % de la population, mais 910 € et plus pour les 10 % les plus exposés.
Le reste à charge progresse avec l’âge, parce que les soins se multiplient. Mais la Drees pointe un second moteur, moins connu : à la retraite, beaucoup d’assurés quittent le contrat collectif de leur entreprise pour un contrat individuel, en général moins généreux.
Le reste à charge grimpe avec l’âge, jusqu’à 290 €
En 2023, la dépense de santé a atteint 3 150 € par habitant. L’Assurance maladie en a payé 81 %, les complémentaires 15 %. Le reste est sorti de la poche des patients.
La progression par tranche d’âge est nette : 80 € à 20-39 ans, 150 € à 40-59 ans, 220 € à 60-69 ans, 290 € à partir de 70 ans. Les malades en affection de longue durée, remboursés à 100 % pour leur pathologie, paient encore 240 € en moyenne, et 870 € pour un sur cinq.
Sur ces 150 €, environ 120 € proviennent des équipements vendus au-dessus des tarifs de la Sécurité sociale et des dépassements d’honoraires : lunettes, prothèses dentaires, aides auditives, médecins qui facturent plus que le tarif de base. Les franchises et participations forfaitaires n’en représentent qu’une vingtaine d’euros. Retrouvez notre article sur les mutuelles santé : la mesure choc qui empêche toute hausse en 2026 est-elle vraiment durable ?
La bascule de la mutuelle d’entreprise, l’autre moteur de la hausse
Le contrat pèse aussi lourd que l’âge. La Drees est explicite : un assuré doté d’un contrat parmi les moins couvrants a un reste à charge trois fois supérieur, en moyenne, à celui d’un assuré bénéficiant d’un contrat parmi les plus couvrants.
La tendance est plus large. Dans les comptes de la santé publiés par la Drees, la part des complémentaires dans le financement des soins progresse en 2024, tandis que celle de la Sécurité sociale recule légèrement. À la retraite, la sortie du contrat collectif vers un contrat individuel moins généreux pèse donc mécaniquement sur la facture.
Cet écart de 1 à 3 se mesure avant de signer. Depuis mai 2022, les complémentaires publient pour leurs contrats standards un tableau commun de 26 exemples de remboursement exprimés en euros, issu d’un accord conclu le 11 mai 2021 au Comité consultatif du secteur financier. Pour les mêmes soins aux mêmes prix, la mutuelle Nuoma laisse 3 935 € à payer avec sa formule la plus basse et 1 297 € avec la plus haute : trois fois moins.
Ce que même la meilleure formule laisse à payer
Certaines sommes restent à la charge de l’assuré quelle que soit la formule, car le contrat « responsable » interdit de les rembourser au-delà d’un plafond.
Un médecin non adhérent aux dépassements maîtrisés : le contrat ne couvre les dépassements qu’à hauteur de 100 % de la base de remboursement. Les lunettes : 420 € au plus pour des verres simples, monture comprise, tous les deux ans. Les aides auditives de classe II : 1 700 € par oreille, renouvelables tous les quatre ans. Les franchises et participations forfaitaires, elles, ne sont jamais remboursées.
Pour comparer, inutile de lire les 26 lignes. Gardez les quatre ou cinq soins que vous consommez vraiment, additionnez le reste à charge de chaque formule sur deux ou trois ans, puis comparez ce total à l’écart de cotisation. Depuis décembre 2020, une complémentaire individuelle se résilie à tout moment après un an de contrat, mais le nouveau contrat peut imposer un délai de carence sur le dentaire et l’optique. Les cotisations individuelles pourraient par ailleurs augmenter d’environ 8 % en 2027, selon les premières annonces du secteur.
La hausse du reste à charge après 70 ans tient donc à deux forces qui se cumulent : davantage de soins, et une mutuelle devenue moins généreuse au moment de la retraite. Le critère de comparaison reste le même que celui de la Drees : ce qui reste à payer en euros, pas le pourcentage affiché. Retrouvez aussi notre article sur les consultations, urgences, hôpital : ces nouveaux tarifs santé qui vont coûter plus cher aux Français en 2026.
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