Gel des pensions ou fin de l’abattement de 10 % : ce que les retraités pourraient réellement perdre

Un gel des pensions et la suppression de l’abattement fiscal de 10 % peuvent tous deux réduire le niveau de vie des retraités, mais ils ne toucheraient ni les mêmes revenus ni les mêmes foyers.

Le gouvernement cherche au moins 30 milliards d’euros pour préparer le budget 2027. Parmi les pistes étudiées figure un effort de 6 milliards d’euros demandé aux retraités. Deux leviers concentrent l’attention : bloquer la revalorisation des pensions de base ou supprimer l’abattement fiscal de 10 %.

Ces mesures restent à ce stade des hypothèses budgétaires. Leur différence est décisive : le gel agirait directement sur le pouvoir d’achat des pensions concernées, tandis que la fin de l’abattement modifierait l’impôt payé par les foyers imposables.

Le gel des pensions ferait perdre la revalorisation liée à l’inflation

Les pensions de retraite sont normalement revalorisées en fonction de l’évolution des prix. Si leur montant était gelé en 2027, les retraités continueraient à recevoir la même somme en euros, mais cette somme permettrait d’acheter moins de biens et de services lorsque les prix progressent.

La perte dépendrait donc du montant de la pension et du taux d’inflation finalement retenu. Sans hypothèse officielle de revalorisation, aucun montant individuel sérieux ne peut encore être avancé. Plus la pension est élevée, plus la revalorisation non versée représenterait une somme importante en euros.

L’enjeu est massif pour les finances publiques. Le Conseil d’orientation des retraites évaluait les dépenses de retraite à 422 milliards d’euros en 2025, soit près du quart des dépenses publiques et 14,1 % du produit intérieur brut. À titre de comparaison, les dépenses publiques d’enseignement atteignaient 149 milliards d’euros en 2024 et celles de défense 54 milliards, d’après l’Insee.

En 2025, la Cour des comptes estimait qu’une sous-indexation d’un point sous l’inflation aurait permis d’économiser 2,9 milliards d’euros. Pour 2027, l’absence de revalorisation des pensions de base dégagerait environ 6 milliards d’euros par rapport à l’indexation prévue. David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, avait évalué le coût de cette indexation à plus de 6 milliards d’euros. Découvrez notre article sur votre pension Agirc-Arrco pourrait bouger avant 2027, mais un détail décidera du montant réel.

Le gel aurait ainsi un effet étendu : il concernerait également des retraités non imposables, dès lors que leur pension entre dans le périmètre retenu. Leur revenu nominal ne baisserait pas, mais leur pouvoir d’achat reculerait à mesure que les prix augmentent.

La fin de l’abattement de 10 % viserait surtout les retraités imposables

L’abattement fiscal de 10 % ne réduit pas directement la pension versée. Il diminue le revenu soumis à l’impôt, dans la limite de 4 400 euros mentionnée pour le dispositif étudié. Sa suppression augmenterait donc le revenu imposable déclaré.

La perte réelle varierait fortement selon la situation fiscale du foyer. Un retraité non imposable pourrait ne subir aucune hausse immédiate d’impôt si l’augmentation de son revenu imposable ne le fait pas franchir un seuil. Un foyer déjà imposable pourrait, lui, payer davantage selon sa tranche d’imposition et le montant de l’abattement dont il bénéficiait.

Cette piste pourrait aussi faire basculer certains foyers autour d’un seuil fiscal. L’effet exact dépendrait toutefois du texte retenu, du barème applicable en 2027 et des éventuels mécanismes de compensation. Aucun chiffrage individuel fiable n’est possible sans ces paramètres.

Le dispositif représentait une dépense fiscale de 5,7 milliards d’euros en 2025, selon le gouvernement. Il constituait alors la troisième dépense fiscale de l’État, derrière le crédit d’impôt recherche, évalué à 8,1 milliards d’euros, et le crédit d’impôt pour les services à la personne, chiffré à 7 milliards.

Le débat dépasse la seule mécanique fiscale. Le COR estimait qu’en 2023, le niveau de vie moyen des retraités était comparable à celui de l’ensemble de la population. Cette moyenne recouvre pourtant des situations très différentes selon le montant de la pension, le patrimoine, le statut de propriétaire ou de locataire et les charges supportées par chaque foyer.

Deux économies proches pour l’État, mais deux pertes très différentes

Pour les finances publiques, les deux pistes se rapprochent : environ 6 milliards d’euros attendus d’un gel des pensions contre 5,7 milliards correspondant au coût fiscal de l’abattement en 2025. Pour les retraités, la répartition de l’effort changerait profondément.

Le gel serait une perte de pouvoir d’achat largement répartie entre les bénéficiaires des pensions concernées. La fin de l’abattement concentrerait davantage l’effort sur les foyers imposables, avec une hausse variable selon leur revenu et leur tranche fiscale. Présenter ces mesures comme équivalentes masquerait donc leurs effets individuels.

Les précédentes tentatives de sous-indexation inscrites dans les budgets 2025 et 2026 ont été rejetées par le Parlement. Le gouvernement prévoit de consulter les présidents de groupe de l’Assemblée nationale avant les débats sur le budget 2027. Sans majorité absolue, le contenu final peut encore évoluer.

Le décryptage associé à ce débat donne également la parole à l’économiste Xavier Ragot. Sa fiche publiée par le Conseil d’Analyse Economique précise qu’il est né le 29 avril 1973 à Bayonne. Cette donnée biographique n’éclaire pas le montant des pertes envisagées, mais permet d’identifier précisément l’intervenant cité dans le débat économique.

Pour les retraités, le point à surveiller sera donc la nature de la mesure inscrite dans le projet de budget. Un gel toucherait directement la valeur réelle des pensions. Une suppression de l’abattement agirait par l’impôt et pourrait épargner une partie des foyers non imposables. Tant que le texte et les paramètres de 2027 ne sont pas arrêtés, ces conséquences restent des projections. Retrouvez aussi notre article sur la seconde pension Agirc-Arrco existe bien, mais elle reste réservée à certains cumuls emploi-retraite.

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