Le gel des allocations familiales puis la baisse de la rentrée scolaire frapperaient la même famille la même année

Une même famille pourrait perdre deux fois en 2027 : une allocation familiale figée au 1ᵉʳ avril, puis une allocation de rentrée scolaire plus faible en août, sans qu’aucune baisse n’apparaisse sur son relevé Caf.

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 annonce un « recentrage » de l’allocation de rentrée scolaire, versée chaque mois d’août aux familles modestes. L’objectif d’économies, révélé par Les Échos, atteint 600 millions d’euros, sur une aide qui a coûté 2,175 milliards d’euros en 2024, soit plus d’un quart de l’enveloppe.

Ce recentrage ne se joue pas seul. Le même texte prévoit de figer au 1ᵉʳ avril 2027 l’ensemble des prestations familiales, dont les allocations familiales. Pour une famille de deux enfants, les deux mesures pourraient donc se cumuler la même année.

L’allocation de rentrée scolaire dans le viseur

L’allocation de rentrée scolaire est versée pour chaque enfant de 6 à 18 ans scolarisé ou en apprentissage, sous condition de ressources. En août 2026, elle a été revalorisée de 0,9 % et versée à près de 3 millions de foyers, pour plus de 5 millions d’enfants.

Le gouvernement ne dit pas encore qui perdrait quoi. Il fixe une seule orientation : « mieux cibler cette aide sur les besoins spécifiques aux enfants en fonction de leur âge ». Trois leviers sont sur la table. Moduler davantage selon l’âge ferait porter l’effort sur les familles d’écoliers. Abaisser le plafond de ressources ferait sortir du dispositif les familles proches du seuil. Raboter tous les montants de 27,6 % retirerait de 118 à 129 € par enfant.

Les montants actuels varient peu d’une tranche d’âge à l’autre : 426,87 € pour les 6 à 10 ans, 450,41 € pour les 11 à 14 ans, 466,02 € pour les 15 à 18 ans. Une baisse uniforme de 27,6 %, la seule qui se chiffre aujourd’hui, ramènerait ces sommes à 309,11 €, 326,16 € et 337,46 €. Retrouvez aussi notre article sur l’allocation de rentrée scolaire : le piège n’est pas toujours l’éligibilité, mais la démarche manquante.

Le plafond de ressources de 2026, calculé sur les revenus de 2024, s’établit à 28 956 € pour un enfant, puis augmente de 6 682 € par enfant supplémentaire : 35 638 € pour deux, 42 320 € pour trois. Juste au-dessus du plafond, une allocation réduite est versée, qui diminue à mesure que les revenus s’en éloignent.

Des allocations familiales figées au 1ᵉʳ avril 2027

La rentrée scolaire n’est pas la seule visée. Le montant de l’ensemble des prestations familiales resterait à son niveau de 2026. La base qui sert à les calculer serait révisée au 1ᵉʳ avril 2027 pour annuler la revalorisation prévue par la loi, qui suit normalement l’inflation.

Les allocations familiales, versées dès le deuxième enfant, perdraient leur hausse annuelle. La prime à la naissance et l’allocation de base de la prestation d’accueil du jeune enfant resteraient figées. Même règle pour le complément familial et l’allocation de soutien familial, qui concernent les familles nombreuses et les parents isolés.

Selon les chiffrages publiés avant la présentation du budget, ce gel rapporterait environ 500 millions d’euros. Avec une inflation estimée à 2,1 % en 2026 par le gouvernement, chaque famille perdrait l’équivalent de 2,1 % de ses prestations, sans qu’aucune baisse n’apparaisse sur le relevé de la Caf.

Deux coups, une même année, pour les mêmes familles

Pour une famille de deux enfants, le gel et le recentrage se cumuleraient la même année : une allocation familiale figée au printemps, puis une allocation de rentrée scolaire plus faible en août. Les autres aides ne compenseraient pas la perte. Les APL ne sont pas revalorisées non plus dans ce budget.

Le Parisien relevait, à la lecture du texte, que ces arbitrages fragilisent les foyers les plus modestes, alors que Bercy promettait de protéger les classes moyennes et populaires. La franchise médicale augmente elle aussi, ce qui alourdit encore la note pour les ménages concernés.

Rien n’est voté. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale est examiné à l’Assemblée nationale à partir de la mi-octobre, avec un vote d’ensemble prévu le 17 novembre, puis au Sénat, pour une adoption attendue en décembre. Les parlementaires peuvent supprimer le gel comme le recentrage. Le montant de 600 millions d’euros ne figure d’ailleurs pas dans le dossier de presse du gouvernement, qui renvoie à des concertations.

Pour les familles qui veulent anticiper, la marge est étroite mais réelle. Mettre de côté 20 € par mois sur un Livret A, ou sur un Livret Jeune au nom d’un adolescent, reconstitue 240 € d’ici l’été 2027. La réduction d’impôt pour frais de scolarité, de 61 à 183 € par enfant, est elle aussi dans le viseur du budget. Retrouvez aussi notre article sur l’allocation de rentrée scolaire 2026 : cette démarche oubliée peut retarder le versement pour les 16-18 ans.

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