Retraite : pourquoi ce bonus de 5 % pour les mères échappe à la plupart d’entre elles

Créée en 2023 pour compenser le recul de l’âge légal, la surcote parentale de 5 % était censée aider les mères, mais trois conditions cumulatives très restrictives la rendent inaccessible à la majorité d’entre elles.

Un bonus de 5 % sur la pension de retraite existe bel et bien pour les mères : c’est la surcote parentale, votée lors de la réforme de 2023. Mais si vous êtes mère et que vous pensiez y avoir droit, il y a de fortes chances que vous en soyez exclue, et vous ne le savez peut-être pas. Cet article décortique les trois verrous qui expliquent pourquoi ce dispositif échappe à la plupart des mères, et comment la LFSS 2026 a encore resserré l’étau.

Trois conditions cumulatives : pourquoi le bonus échappe à 80 % des mères

La surcote parentale n’est pas un cadeau fait à toutes les mères de France. C’est une mesure compensatoire ciblée, conçue pour un problème précis : le recul de l’âge légal de 62 à 64 ans a rendu inutiles les trimestres enfants que beaucoup de femmes avaient accumulés pour partir plus tôt. Le dispositif tente de corriger ça, mais uniquement pour une fraction d’entre elles.

Concrètement, la surcote majore la pension de base de 1,25 % par trimestre travaillé après validation de la durée d’assurance requise, dans la limite de quatre trimestres, soit 5 % maximum. Pour y accéder, trois conditions doivent être réunies simultanément. Toutes les trois. Sans exception.

Premier verrou : être née après le 1ᵉʳ avril 1965. Cela signifie un âge légal de départ à la retraite d’au moins 63 ans. Les mères nées avant cette date sont exclues par construction. Ce seul filtre élimine d’emblée toutes les femmes aujourd’hui âgées de plus de 61 ans, y compris celles nées au premier trimestre 1965, dont l’âge légal a été abaissé à 62 ans et 9 mois par la LFSS 2026.

Deuxième verrou : avoir au moins un trimestre lié aux enfants. Ces trimestres peuvent être obtenus au titre de la maternité, de l’adoption, de l’éducation, d’un congé parental ou de la prise en charge d’un enfant handicapé. Dans le régime général, chaque enfant ouvre droit à 8 trimestres au total, 4 pour la maternité ou l’adoption, 4 pour l’éducation. Ces trimestres peuvent être répartis entre les deux parents. Ce deuxième filtre exclut les mères qui n’auraient pas validé ou déclaré ces trimestres.

Troisième verrou : avoir validé tous ses trimestres requis avant l’âge légal de départ. C’est là que le dispositif devient particulièrement sélectif. Pour les nées entre avril et décembre 1965, la surcote s’applique dans l’année précédant l’âge légal de 63 ans, à condition d’avoir validé 171 trimestres. Pour les nées en 1969, l’âge légal est de 64 ans avec 172 trimestres requis. Autrement dit, il faut avoir une carrière complète, et l’avoir bouclée tôt. Les femmes aux carrières hachées, aux temps partiels subis, aux interruptions pour s’occuper des enfants, sont précisément celles que ce troisième verrou élimine.

Le paradoxe est brutal : les mères qui ont le plus souffert des inégalités de carrière sont précisément celles que le dispositif exclut. Découvrez notre article sur la retraite des mères : attention à ces 2 décrets qui pourraient tout changer dès septembre 2026.

Mais ces trois conditions ne suffisent pas à expliquer l’exclusion massive. La LFSS 2026 a ajouté une couche supplémentaire, et elle a touché une génération entière.

La génération 1964 sacrifiée : comment la LFSS 2026 a fermé la porte à 50 000 à 80 000 mères

La LFSS 2026 a créé une exclusion supplémentaire touchant la génération 1964 et les nés au premier trimestre 1965, en abaissant leur âge légal à 62 ans et 9 mois, sous le seuil de 63 ans requis pour la surcote parentale.

Trois mois. C’est l’écart qui prive des dizaines de milliers de femmes d’un avantage auquel elles auraient pu prétendre.

La réforme des retraites de 2023 avait initialement fixé l’âge légal de la génération 1964 à 63 ans, ce qui les plaçait exactement au seuil d’éligibilité à la surcote parentale. La loi n°2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) a modifié cet équilibre en abaissant cet âge légal à 62 ans et 9 mois via son article 105, avec effet au 1ᵉʳ septembre 2026. Résultat : la génération 1964 passe sous le seuil requis. Elle n’y a plus droit.

Entre 50 000 et 80 000 mères nées en 1964 sont exclues du dispositif selon un collectif (juin 2026), un chiffre repris lors d’une interpellation sénatoriale fin juin 2026.

C’est la conséquence directe d’un arbitrage législatif : l’âge légal d’une génération a été abaissé sans que les critères d’accès à la surcote ne soient ajustés en parallèle. Ces femmes avaient planifié leur départ en intégrant la possibilité de ce bonus. La règle a changé après coup.

Pour les générations suivantes, les nées entre avril et décembre 1965 peuvent accéder à la surcote dans l’année précédant leur âge légal de 63 ans, à condition d’avoir validé 171 trimestres. Pour les nées en 1969, l’âge légal sera de 64 ans avec 172 trimestres requis. Le dispositif monte en charge progressivement, mais il laisse derrière lui une génération entière qui se retrouve dans un angle mort législatif.

Au-delà de cette injustice générationnelle, il faut aussi comprendre le gain réel que représente cette surcote pour celles qui y ont accès, et pourquoi il reste modeste.

Un gain réel mais limité : 75 à 90 euros par mois pour les mères éligibles

Pour les rares mères qui franchissent les trois verrous, le gain existe. Sur une pension de 1 800 €, une surcote de 5 % représente 90 € supplémentaires par mois. Sur une pension de 1 500 €, le gain maximum atteint 75 € par mois. Ce n’est pas négligeable sur une vie de retraite, mais ce n’est pas non plus de nature à effacer des décennies d’inégalités salariales.

Car le contexte est lourd. Les pensions de retraite de droits directs des femmes sont inférieures de 38 % à celles des hommes en 2023, selon le rapport DREES édition 2025, contre 50 % en 2004. Pour les seuls nouveaux retraités ayant liquidé leurs droits en 2023, cet écart tombe à 28 %, signe d’un rattrapage progressif mais insuffisant. Mais 28 % d’écart en 2025, c’est encore considérable.

La surcote parentale s’inscrit dans un objectif législatif plus large : l’article 45 de la LFSS 2026 fixe pour la première fois des jalons chiffrés, résorber la moitié de l’écart de pension d’ici 2037, le supprimer totalement d’ici 2050.

À partir du 1ᵉʳ septembre 2026, le calcul de la pension se fait sur les 24 meilleures années pour les mères d’un enfant, et sur les 23 meilleures années pour celles ayant deux enfants ou plus, contre 25 ans dans le régime général. C’est une amélioration concrète pour les carrières marquées par des années de bas salaires.

À partir du 1ᵉʳ septembre 2026, jusqu’à deux trimestres de majoration pour enfant (maternité, éducation, adoption, congé parental) seront comptabilisés comme trimestres réputés cotisés pour l’accès au dispositif carrière longue, facilitant le départ anticipé pour les mères ayant commencé à travailler tôt.

Ces mesures sont bienvenues. Mais elles ne changent pas le constat central : la surcote parentale, dispositif phare présenté comme un bonus pour les mères, reste structurellement inaccessible à la majorité d’entre elles. Un bonus que vous ne pouvez pas toucher n’est pas vraiment un bonus.

En résumé

La surcote parentale de 5% reste structurellement trop restrictive pour compenser les inégalités de retraite entre hommes et femmes. La LFSS 2026 a aggravé le problème en excluant la génération 1964 et les nés au premier trimestre 1965, une injustice générationnelle par effet de bord législatif.

Êtes-vous née après le 1er avril 1965 (et pas au premier trimestre 1965) ? Avez-vous des trimestres enfants ? Avez-vous validé votre durée d’assurance complète avant votre âge légal ? Si vous répondez oui aux trois questions, vous faites partie de la minorité éligible — mais avez-vous réellement la possibilité de rester en activité jusqu’à cet âge ?

En tant que jeune média indépendant, CESdeFrance a besoin de votre aide. Soutenez-nous en nous suivant et en nous ajoutant à vos favoris sur Google News. Merci !

Suivez-nous sur Google News

Laisser un commentaire

* Cesdefrance.fr est un média économique indépendant, dédié à l’analyse de l’actualité économique, financière et immobilière. L’accès à Cesdefrance.fr est gratuit et son modèle économique repose notamment sur la publicité et les partenariats stratégiques.