Deux décrets attendus au Journal officiel courant juin 2026 pourraient permettre à des milliers de mères de partir à la retraite plus tôt dès septembre 2026 : l’un intègre deux trimestres enfants dans le calcul des carrières longues, l’autre recalcule la pension sur 23 ou 24 meilleures années au lieu de 25.
La suspension de la réforme des retraites de 2023 a ouvert la voie à des mesures correctrices. Deux projets de décret, transmis au conseil d’administration de la Cnav, sont attendus au Journal officiel courant juin 2026. Si vous êtes mère et approchez de la retraite, ces textes pourraient changer significativement vos conditions de départ et le montant de votre pension. Voici concrètement ce que contiennent ces deux décrets, qui sont les mères concernées, et quels gains réels vous pouvez attendre dès septembre 2026.
Décret 1 : deux trimestres enfants pour accéder aux carrières longues
Le premier projet de décret modifie les règles d’accès au dispositif carrières longues. Il intègre jusqu’à deux trimestres liés aux enfants dans la durée cotisée prise en compte pour ouvrir ce droit.
Ces trimestres sont dits « réputés cotisés ». Concrètement, il ne s’agit pas de trimestres créés en plus : le décret permettra de retenir jusqu’à 2 trimestres parmi ceux déjà attribués pour maternité, éducation, adoption ou congé parental, dans le décompte ouvrant droit au départ anticipé. Ce plafond de 2 trimestres s’applique quel que soit le nombre d’enfants.
Ce mécanisme cible en particulier les femmes ayant accouché après leur recrutement dans les régimes CNRACL et FSPOEIE, c’est-à-dire les fonctions publiques territoriale et hospitalière. Pour ces assurées, un trimestre supplémentaire par enfant né après le 1ᵉʳ janvier 2004 est prévu dans le cadre de ce projet de décret.
L’enjeu est considérable. Selon les documents préparatoires du gouvernement, entre 6 000 et 12 000 assurées supplémentaires pourraient bénéficier chaque année du dispositif carrières longues grâce à ce seul texte.
Claude Wagner, représentant de la CFDT-Retraités, résume l’intérêt de la mesure : « Celles ayant gagné un trimestre de suspension d’un côté et qui gagnent deux trimestres de plus, sont très intéressées. » Cette combinaison peut suffire à franchir le seuil d’accès au départ anticipé pour des femmes qui en étaient jusqu’ici exclues de quelques trimestres.
Ce premier décret agit sur la condition d’accès à la retraite anticipée. Mais il ne touche pas encore au montant de la pension elle-même. C’est précisément l’objet du second texte. Retrouvez notre article sur la retraite pour les mères de famille : allez-vous profiter des nouvelles mesures dès 2026 ?
Décret 2 : le calcul du salaire annuel moyen (SAM) change pour les mères
Le second projet de décret s’attaque à une règle fondamentale du calcul de la pension : le salaire annuel moyen, dit SAM. Aujourd’hui, ce SAM est calculé sur les 25 meilleures années de carrière pour les assurées du régime général et des régimes alignés.
Si ce décret est publié, les mères d’un enfant nées à partir de 1970 verraient leur pension calculée sur leurs 24 meilleures années. À partir de deux enfants, le calcul se ferait sur 23 années. Cette mesure ne concerne que les régimes calculés sur les meilleures années, les fonctionnaires, dont la pension est établie sur les 6 derniers mois de traitement, n’en bénéficient pas.
Retirer une ou deux années moins favorables du calcul améliore mécaniquement le SAM. Cela se traduit directement par une pension mensuelle plus élevée.
L’impact moyen estimé par le gouvernement est d’environ 1 % de hausse de pension pour les femmes ayant eu des enfants. Sur une pension brute de 2 000 euros, cela représente environ 20 euros supplémentaires par mois.
Le gain unitaire est modeste, mais l’ampleur du dispositif est réelle : selon les estimations gouvernementales, une retraitée sur deux pourrait être gagnante dès la liquidation de sa pension à partir de septembre 2026.
Les mères subissent des interruptions liées à la maternité, congés, temps partiels, arrêts, qui tirent leur SAM vers le bas. Exclure les années les plus creuses du calcul corrige partiellement cette pénalité.
Qui est concerné et quand ? Le calendrier conditionnel de septembre 2026
Ces deux projets de décret ont été transmis au conseil d’administration de la Cnav et mis en ligne par la publication spécialisée Liaisons Sociales le 26 mai 2026. À la date de publication de cet article, ils ne sont pas encore parus au Journal officiel.
La condition indispensable à leur entrée en vigueur reste cette publication. Selon la Cnav, elle est imminente, attendue courant juin 2026. Sans elle, aucune des mesures décrites ici ne s’applique.
Si cette publication intervient en juin 2026, les départs anticipés rendus possibles par le premier décret pourraient être effectifs dès le 1ᵉʳ septembre 2026.
Ces deux textes s’inscrivent dans un mouvement législatif plus large. Trois décrets ont déjà été publiés au Journal officiel le 8 mai 2026 dans le cadre de la suspension de la réforme des retraites de 2023 par la LFSS 2026. Les deux projets en attente en constituent la suite directe.
Claude Wagner, de la CFDT-Retraités, anticipe un effet immédiat sur les demandes de liquidation : « Ces nouvelles règles pourraient provoquer un afflux d’ouverture du droit dès septembre 2026. »
Ces deux décrets représentent une correction structurelle pour les mères, dont les pensions de droit direct sont inférieures de 38 % en moyenne à celles des hommes selon la DREES, en raison des interruptions de carrière liées à la maternité. Tout dépend désormais de la publication au Journal officiel en juin 2026 : si elle intervient, septembre 2026 marquera un tournant pour des milliers de femmes. Retrouvez également notre article sur la retraite 2026 : bonne nouvelle pour les mères, ce changement va tout changer.
Vous êtes mère, salariée du privé ou fonctionnaire, et approchez de la retraite ? Vérifiez dès maintenant votre relevé de carrière auprès de votre caisse : les délais d’instruction atteignent actuellement 5 à 6 mois.
En tant que jeune média indépendant, CESdeFrance a besoin de votre aide. Soutenez-nous en nous suivant et en nous ajoutant à vos favoris sur Google News. Merci !

