Les femmes touchent des pensions de droit direct environ 37 % inférieures à celles des hommes. La réforme 2026 cherche à réduire cet écart, en ciblant en priorité les mères. Mais ces mesures « pour les mères » peuvent aussi vous concerner, vous ou votre conjoint. Cet article décortique les trois mécanismes distincts et explique précisément à quel stade les pères peuvent en bénéficier, et ce qui leur reste fermé.
Retraite : le calcul sur 23-24 meilleures années, une mesure qui profite surtout aux mères (mais pas qu’à elles)
Aujourd’hui, votre retraite de base est calculée sur vos 25 meilleures années de salaire. À partir du 1ᵉʳ septembre 2026, ce nombre change selon votre situation familiale. Si vous avez eu un enfant, le calcul s’effectuera sur vos 24 meilleures années. Si vous en avez eu deux ou plus, il portera sur 23 années (loi n°2025-1403 du 30 décembre 2025, décrets d’application attendus au Journal officiel courant juin 2026).
Concrètement, retirer une ou deux années de faibles revenus de la base de calcul fait mécaniquement monter votre salaire annuel moyen de référence. Et donc votre pension.
Cette mesure bénéficiera à une retraitée sur deux, avec une hausse moyenne de pension d’environ 1 % (estimations gouvernementales, projets de décret mai 2026). Pourquoi surtout les femmes ? Parce que ce sont elles qui interrompent le plus souvent leur carrière pour s’occuper des enfants, accumulant des années à faibles cotisations.
Mais le texte ne pose aucune restriction de genre. Un père ayant eu un ou deux enfants bénéficiera du même calcul allégé, à condition d’avoir validé les trimestres correspondants. Cette mesure est la plus universelle des trois. Elle s’applique sans démarche particulière, automatiquement au moment de la liquidation des droits.
Les droits familiaux de retraite représentaient entre 16 et 19 milliards d’euros en 2016, soit 6 à 7 % des dépenses de retraite de droit propre. Découvrez notre article sur la retraite des mères : attention à ces 2 décrets qui pourraient tout changer dès septembre 2026.
Mais cette première mesure n’est que le début. Deux autres mécanismes, plus complexes, ouvrent des portes spécifiques aux pères.
Les trimestres d’éducation partageables : où les pères entrent vraiment en jeu
Dans le secteur privé, une mère peut obtenir jusqu’à 8 trimestres par enfant : 4 trimestres de maternité, et 4 trimestres d’éducation. Les trimestres de maternité lui sont réservés. Sur ces 4 trimestres d’éducation, 2 sont automatiquement attribués à la mère. Les 2 restants sont partageables avec le père, sur décision conjointe des parents.
Le partage se fait sur demande conjointe des deux parents, dans les six mois suivant le quatrième anniversaire de l’enfant. Passé ce délai, la mère conserve l’intégralité des trimestres d’éducation par défaut.
Ce mécanisme de partage existait déjà. La nouveauté du 1ᵉʳ septembre 2026 : deux de ces trimestres seront désormais comptabilisés comme trimestres cotisés pour le dispositif de carrière longue (LFSS 2026, décrets d’application attendus au Journal officiel courant juin 2026). Un père ayant obtenu des trimestres d’éducation par partage peut, sous conditions, accéder plus tôt à la carrière longue.
Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas limité cette mesure aux seules mères ? La réponse est juridique. « Le gouvernement a choisi de ne pas limiter le dispositif aux seuls trimestres de maternité pour éviter un contentieux juridique, ce qui ouvre mécaniquement la porte aux pères », indique un membre du conseil d’administration de la Cnav. En d’autres termes, restreindre l’accès à la carrière longue aux seules mères aurait exposé le texte à des recours pour discrimination.
Cette logique juridique produit un effet concret : un père qui a demandé le partage des trimestres d’éducation avant les quatre ans de son enfant peut, sous conditions, accéder au dispositif de carrière longue plus tôt.
Reste une exception importante : une mesure demeure exclusivement réservée aux mères, notamment dans la fonction publique.
Ce qui reste réservé aux mères et ce qui bénéficie déjà aux pères
Pour les fonctionnaires, les mères ayant accouché après le 1ᵉʳ janvier 2004 bénéficient, à partir du 1ᵉʳ septembre 2026, d’un trimestre de bonification intégré dans le calcul du montant de leur pension, en plus des 2 trimestres de majoration de durée d’assurance déjà existants (loi nᵒ 2025-1403 du 30 décembre 2025, art. 104). Cette mesure ne fait l’objet d’aucun partage possible. Elle est et restera exclusivement réservée aux mères.
L’ouverture aux pères n’est donc pas un principe général de la réforme : c’est une conséquence de contraintes juridiques, appliquée au cas par cas.
Par ailleurs, certains droits familiaux bénéficient aux pères depuis bien plus longtemps. Depuis 2010, la majoration de pension de 10 % pour les parents de trois enfants ou plus s’applique aussi bien aux pères qu’aux mères (régime général). Ce n’est pas une nouveauté de 2026.
Au total, 25 % des dépenses liées aux droits familiaux de retraite bénéficient déjà aux pères, et 80 % de ces dépenses concernent les familles de trois enfants et plus (IPP, mars 2024). La réforme 2026 élargit ce périmètre, mais de façon mesurée.
L’objectif affiché est de réduire significativement l’écart de pension femmes-hommes dans les prochaines décennies. Les mesures de 2026 constituent une étape dans cette trajectoire, pas une solution définitive.
La réforme 2026 élargit effectivement certains bénéfices aux pères, mais de manière inégale selon le secteur et le type de droit. Le calcul sur les meilleures années s’applique à tous sans distinction. Les trimestres d’éducation partageables ouvrent une porte réelle, mais conditionnée à une démarche active avant les quatre ans de l’enfant. Et le trimestre réservé aux mères fonctionnaires reste hors de portée des pères.
Cette ouverture aux pères n’est pas idéologique : elle résulte d’une contrainte juridique, non d’une volonté politique. Retrouvez aussi notre article sur les mères sous-estiment massivement le coût du temps partiel : un impact financier bien plus lourd qu’elles ne l’imaginent.
Êtes-vous salarié du privé ou fonctionnaire ? Avez-vous des enfants nés après 2010 ? Vérifiez dès maintenant sur info-retraite.fr si vous pouvez demander le partage des trimestres d’éducation avant les quatre ans de votre enfant.
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