Suspension de la réforme : Un à deux trimestres de gagnés, voici combien elle va vous rapporter

La suspension de la réforme des retraites offre aux générations 1964-1968 un gain concret : entre 3 et 6 mois de départ anticipé, soit jusqu’à 10 200 euros de pension supplémentaire sur la première année de retraite.

À partir du 1er septembre 2026, environ 2,2 millions de Français nés entre 1964 et 1968 bénéficieront d’une suspension partielle de la réforme Borne, inscrite à l’article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) : ils pourront partir à la retraite plus tôt et avec moins de trimestres cotisés. Pour vous, cela signifie potentiellement 3 à 6 mois gagnés avant la retraite — mais le calcul exact dépend de votre année de naissance et de votre situation professionnelle. Découvrez génération par génération combien de mois vous gagnez réellement et ce que cela représente en euros de pension supplémentaire.

Combien de trimestres et de mois gagnez-vous selon votre année de naissance ?

La réforme Borne de 2023 avait relevé l’âge légal de départ à 64 ans et allongé la durée de cotisation à 172 trimestres. La suspension partielle gèle ces paramètres pour les générations 1964-1968, les ramenant aux règles antérieures jusqu’au 1er janvier 2028 (décrets n° 2026-344 et 2026-345 du 7 mai 2026, publiés au Journal officiel du 8 mai 2026).

Le gain varie selon votre date de naissance précise.

  • Nés en 1964. Vous pouvez partir à 62 ans et 9 mois, contre 63 ans sous la réforme Borne. La durée de cotisation requise passe de 171 à 170 trimestres. Gain : 3 mois (Assurance retraite / Notre Temps, 24 février 2026).
  • Nés entre le 1er janvier et le 31 mars 1965. C’est la génération la plus avantagée. L’âge légal passe de 63 ans 3 mois à 62 ans 9 mois, et la durée de cotisation de 172 à 170 trimestres. Gain : 6 mois, soit un trimestre d’âge et un trimestre de durée cotisée (Ouest-France, 23 mars 2026 / projet de décret d’application).
  • Nés entre le 1er avril et le 31 décembre 1965. L’âge légal passe de 63 ans 3 mois à 63 ans, avec 171 trimestres requis au lieu de 172. Gain : 3 mois (Assurance retraite / Notre Temps, 24 février 2026).
  • Nés entre 1966 et 1968. L’âge légal passe de 63 ans 3 mois à 63 ans, avec 172 trimestres requis — durée inchangée. Gain : 3 mois, sous réserve qu’aucune nouvelle réforme ne soit adoptée après la présidentielle (BFM TV, 18 décembre 2025).

À noter : les générations nées à partir de 1969 ne sont pas concernées par la suspension. Pour elles, les conditions restent fixées à 64 ans et 172 trimestres (Texte du budget de la Sécu 2026).

Quel est votre gain financier en euros ? Le calcul concret

Ces trimestres gagnés se traduisent en euros concrets. La base de calcul est la suivante : la pension moyenne en France s’établit à 1 705 euros bruts par mois, tous régimes confondus (DREES, édition 2026, données 2024).

Chaque mois de retraite anticipée représente donc 1 705 euros bruts de pension supplémentaire perçue. Le calcul est direct.

Si vous gagnez 3 mois, vous percevez environ 5 100 euros bruts de pension supplémentaire sur la première année de retraite. Si vous gagnez 6 mois — cas des nés au premier trimestre 1965 —, ce montant atteint environ 10 200 euros bruts sur la première année.

L’impact est significatif à l’échelle collective. Selon l’Assurance retraite, près de 1,2 million d’assurés anticiperaient leur départ d’environ trois mois en moyenne. Renaud Villard, directeur de l’Assurance retraite, chiffre à 64 000 le nombre de personnes pouvant partir plus tôt en 2026 grâce à la suspension, dont 10 000 à 15 000 au titre des carrières longues.

Par ailleurs, environ 1 million de personnes percevraient une pension légèrement supérieure grâce à une amélioration de la proratisation, une diminution de la décote ou une augmentation de la surcote (Assurance retraite, 2026).

Ces chiffres doivent cependant être nuancés. Claude Wagner, représentant de la CFDT retraités, rappelle que pour certains assurés nés en 1964, l’entrée en vigueur tardive au 1er septembre 2026 a rendu le gain illusoire : ceux déjà partis à la retraite avant cette date n’en bénéficient pas.

Qui gagne vraiment plus ? Les situations qui bénéficient le plus de la suspension

Tous les assurés des générations 1964-1968 ne gagnent pas autant. Certains profils cumulent des avantages supplémentaires.

Les salariés en carrières longues constituent le premier groupe gagnant. Si vous avez commencé à travailler tôt — 5 trimestres cotisés avant vos 20 ans, ou 4 trimestres si vous êtes né entre le 1er octobre et le 31 décembre —, vous gagnez un trimestre supplémentaire dans le cadre du dispositif carrières longues, applicable dès le 1er septembre 2026 (Assurance retraite / Gouvernement, 2026).

Les fonctionnaires des catégories actives et super-actives bénéficient également d’un trimestre supplémentaire. Sont concernés les policiers, aides-soignantes, gardiens de prison et égoutiers nés entre 1964 et 1968 (Texte du budget de la Sécu 2026).

Les femmes ayant eu des enfants constituent un troisième groupe spécifiquement avantagé. Les nouvelles règles de proratisation leur apportent en moyenne une augmentation de pension de 1,3 % (Assurance retraite, 2026). Plus concrètement, les trimestres octroyés pour naissance, éducation ou adoption pourront être pris en compte dans le dispositif carrières longues — une mesure qui bénéficierait à environ 12 000 personnes par an (Assurance retraite, 2026) — sous réserve de la publication d’un décret complémentaire encore en attente à la date de cet article.

Ces gains restent soumis à la même contrainte : la suspension court jusqu’au 1er janvier 2028. Une nouvelle réforme post-présidentielle pourrait remettre en cause ces avantages pour les générations 1966-1968 n’ayant pas encore liquidé leur pension.

La suspension de la réforme offre un gain réel mais limité : entre 3 et 6 mois de retraite anticipée, soit environ 5 100 à 10 200 euros bruts de pension supplémentaire sur la première année de retraite pour la majorité des assurés concernés. Ce bénéfice n’est cependant garanti que jusqu’au 1er janvier 2028 — une nouvelle réforme après la présidentielle pourrait remettre en cause ces avantages pour les générations qui n’auraient pas encore quitté le marché du travail.

Êtes-vous né(e) entre 1964 et 1968 et envisagez-vous de partir à la retraite avant 2028 ? C’est le moment de vérifier votre situation auprès de votre caisse de retraite pour ne pas laisser passer ce gain temporaire.

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