Entre 2,4 % et 2,5 % au 1ᵉʳ février 2027 : le calcul est déjà posé, mais il repose sur des prévisions, pas sur une décision, et trois inconnues peuvent encore faire basculer le taux du Livret A d’un côté ou de l’autre.
Le taux du Livret A ne se négocie pas, il se calcule. La Banque de France applique l’arrêté du 27 janvier 2021 : elle fait la moyenne de deux données sur les six mois écoulés, l’€STR (le taux auquel les banques se prêtent au jour le jour) et l’inflation hors tabac mesurée par l’INSEE, puis arrondit le résultat au dixième de point le plus proche, avec un plancher à 0,5 %.
Appliquée aux prévisions en cours, cette formule projette un taux entre 2,4 % et 2,5 % au 1ᵉʳ février 2027. À comparer aux 1,7 % appliqués depuis le 1ᵉʳ août 2026, un niveau fixé contre 1,5 % auparavant, selon Service-Public. Trois mois de chiffres restent à publier avant que Bercy ne tranche vers la mi-janvier 2027.
Un calcul qui se joue à cinq centièmes de point
Pour la révision de février 2027, le semestre de référence court de juillet à décembre 2026. L’INSEE a relevé le 10 septembre sa prévision d’inflation hors tabac sur ce semestre, de 2,40 % à 2,55 %. La Banque centrale européenne a porté son taux de dépôt à 2,50 % le même jour, après 2,25 % en juin.
L’€STR suit avec un léger décalage : il s’établissait à 2,06 % le 10 septembre et devrait approcher 2,40 % en fin d’année. Sa moyenne semestrielle se situerait ainsi entre 2,3 % et 2,4 %. Deux scénarios se dessinent, séparés par cinq centièmes de point. Découvrez notre article sur votre Livret A finance les réacteurs d’EDF, mais votre vrai problème reste le 1,7 % face à 3 % d’inflation.
Si l’€STR ressort en moyenne à 2,30 % sur le semestre, la moyenne avec l’inflation à 2,55 % donne 2,425 %, arrondi à 2,4 %. S’il atteint 2,40 %, la moyenne monte à 2,475 %, arrondi à 2,5 %. Ce chiffrage a été publié par Meilleurtaux Placement le 13 septembre 2026. Il repose sur deux prévisions, pas sur deux constats.
Trois inconnues avant la mi-janvier
Trois éléments séparent ce calcul de septembre de l’arrêté de janvier.
D’abord, les chiffres réels d’octobre à décembre. Si l’inflation hors tabac retombe à 2,40 %, l’estimation que l’INSEE retenait en juin, la formule redonne 2,4 % même avec un €STR à 2,40 %.
Ensuite, le rythme de l’€STR. Il doit dépasser 2,35 % en moyenne sur le semestre pour que l’arrondi bascule à 2,5 %. Chaque quinzaine passée au-dessus de 2,06 % tire la moyenne vers le haut, mais le compte n’y est pas encore.
Enfin, l’arbitrage de Bercy. Le gouverneur de la Banque de France peut proposer une dérogation « en circonstances exceptionnelles », et le gouvernement tranche environ quinze jours avant l’échéance. Un précédent existe : en 2023, la formule donnait plus de 4 % et le taux a été gelé à 3 % pendant dix-huit mois, au nom du coût pour le logement social que finance le Livret A. Un gel reste possible, mais l’écart en jeu est cette fois plus faible, de 0,7 à 0,8 point contre plus d’un point à l’époque.
Ce que ça changerait en euros, et quand verser
Les épargnants ont déjà repris le chemin des dépôts : selon la Caisse des dépôts, le Livret A a collecté 460 millions d’euros nets en août 2026, son deuxième mois positif de l’année, alors que le solde depuis janvier reste négatif de plus de 5 milliards d’euros.
Sur un Livret A rempli à son plafond de 22 950 €, le taux actuel de 1,7 % rapporte 390 € par an. À 2,4 %, le rendement passerait à 551 €, soit 161 € de plus. À 2,5 %, il atteindrait 574 €, soit 184 € de plus. Sur Livret A et LDDS pleins, 34 950 € au total, le passage à 2,5 % ajouterait 280 € par an.
Ces montants sont nets d’impôt et de prélèvements sociaux. Un livret bancaire fiscalisé devrait servir 3,6 % brut pour égaler 2,5 % net, une fois les 30 % de prélèvement forfaitaire déduits. Face à une inflation attendue à 2,55 %, un taux de 2,5 % ne fait pas gagner d’argent, il arrête d’en perdre.
Attendre février n’a aucun intérêt. Le nouveau taux s’applique à tout l’encours le jour où il change, pas seulement aux sommes versées après. Un dépôt fait en octobre reste rémunéré à 1,7 % jusqu’au 31 janvier, puis au taux révisé, sans démarche. Seule règle à retenir : la quinzaine. Les intérêts sont calculés le 1ᵉʳ et le 16 de chaque mois, comme le détaille le site economie.gouv.fr. Un versement effectué avant le 16 produit des intérêts dès le 16 ; après le 16, dès le 1ᵉʳ du mois suivant.
Ceux qui veulent 2,5 % sans attendre ont une piste : le LEP sert 2,50 % depuis le 1ᵉʳ février 2026, dans la limite de 10 000 € et sous condition de revenu fiscal. Des millions de foyers éligibles ne l’ont pas ouvert. Si le Livret A montait à 2,5 %, le LEP suivrait, car sa formule lui garantit au moins 0,5 point de plus. Retrouvez aussi notre article sur l’abattement retraite plafonné à 3 000 € : voici qui verra son impôt augmenter, et qui ne verra rien changer.
D’ici la mi-janvier, les indices des prix publiés par l’INSEE puis la moyenne de l’€STR arrêtée fin décembre fixeront le chiffre définitif. En attendant, le Livret A reste à 1,7 %.
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