Le Livret A s’apprête à prêter 43,7 milliards d’euros à EDF pour ses futurs réacteurs, mais pour l’épargnant la vraie question reste la même : 1,7 % de rendement ne couvre pas 3 % d’inflation.
Le projet de loi de finances 2027, présenté en Conseil des ministres le 1ᵉʳ octobre, crée un programme inédit : le programme 387, « Soutien financier au nouveau nucléaire français ». Doté de 137 millions d’euros dès 2027, il ne sert pas à construire des réacteurs. Il sert à baisser le taux du prêt que l’épargne du Livret A doit accorder à EDF.
Une partie de l’argent déposé sur les Livrets A remonte déjà à la Caisse des dépôts, qui le prête à son tour pour des projets d’intérêt général, historiquement le logement social. En 2025, le Fonds d’épargne y a encore consacré 22,9 milliards d’euros, selon la Caisse des Dépôts. Le nucléaire devient le plus gros emploi de cet argent jamais engagé d’un seul bloc. Les règles du livret, elles, ne changent pas : même formule de taux, même plafond, mêmes retraits libres.
Reste la seule question qui compte pour un épargnant : le rendement réel. À 1,7 % depuis le 1ᵉʳ août 2026, le Livret A rapporte moins que l’inflation. Votre épargne y perd du terrain.
137 millions d’euros pour rendre le prêt d’EDF moins cher
Le programme « Nouveau Nucléaire Français » prévoit six réacteurs EPR2, construits par paires à Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et au Bugey (Ain). Le premier, à Penly, doit être mis en service à l’horizon 2038. Le schéma a été arrêté le 12 mars 2026 lors du Conseil de politique nucléaire réuni à Penly, pour un coût maximal annoncé de 72,8 milliards d’euros en euros 2020.
Sur cette somme, 60 % seront prêtés par le Fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, le compartiment qui gère l’argent centralisé des livrets réglementés, soit environ 43,7 milliards d’euros. Les 137 millions d’euros inscrits pour 2027 couvrent la différence entre le coût de cet argent pour le Fonds d’épargne et le taux, plus bas, consenti à la filiale d’EDF qui portera le chantier.
Le gouvernement justifie l’aide dans les documents budgétaires : sans ce soutien public, aucun investisseur ne porterait seul un programme de cette taille. Le projet de loi prévoit aussi une garantie de l’État sur les emprunts de la société de projet d’EDF, jusqu’au 31 décembre 2090 et dans la limite de 60 milliards d’euros. Ni le taux accordé à EDF ni la durée du prêt ne figurent dans le dossier de présentation.
Pour l’épargnant, les règles du livret ne bougent pas
La question revient à chaque fois que l’État mobilise l’épargne réglementée : l’argent placé est-il moins disponible ou moins bien rémunéré ? La réponse est non. Le taux du Livret A reste calculé par la même formule, révisée chaque 1ᵉʳ février et chaque 1ᵉʳ août, sans lien avec le prêt accordé à EDF.
Le plafond reste fixé à 22 950 € pour un particulier, celui du LDDS à 12 000 €. Les retraits demeurent libres et immédiats, sans frais ni préavis, et la garantie de l’État sur les sommes déposées n’est pas modifiée. À compter du 1ᵉʳ août 2026, le taux annuel du Livret A est fixé à 1,7 %, contre 1,5 % auparavant, selon Service Public.
Les intérêts du Livret A sont calculés le 1ᵉʳ et le 16 de chaque mois, précise le ministère de l’Économie. L’inflation de septembre pousse déjà le taux vers 2,4 à 2,5 % en février prochain. Plus le Livret A paie, plus l’argent prêté au nucléaire coûte cher au Fonds d’épargne.
1,7 % face à 3 % : le rendement réel dans le rouge
La vraie question pour un épargnant, c’est le rendement. À 1,7 % depuis le 1ᵉʳ août 2026, le Livret A rapporte moins que l’inflation de 3 % en septembre. L’épargne placée sur le livret perd du pouvoir d’achat.
Le mécanisme n’a rien de nouveau : le taux du Livret A suit une formule mêlant inflation et taux interbancaires, et il reste inférieur à la hausse des prix. Le livret demeure liquide et garanti, mais son rôle de protection de l’épargne s’érode tant que l’inflation le dépasse.
Le budget, lui, n’est pas encore voté. Le programme 387 n’existe qu’à l’état de projet : faute de loi de finances adoptée avant la fin de l’année, une loi spéciale reconduirait les dépenses existantes, et le programme ne pourrait pas être amorcé. La décision finale d’EDF est attendue fin 2026, et le feu vert de la Commission européenne reste nécessaire pour les aides d’État. Retrouvez également notre article sur les retraités d’EDF paient bien leur énergie, voici pourquoi leur facture reste sans commune mesure avec la vôtre.
Pour l’épargnant, la conclusion est simple : le financement des réacteurs ne change rien à la règle du livret, ni à son rendement réel. Le Livret A reste garanti et liquide, mais il ne protège plus vraiment le pouvoir d’achat tant que l’inflation dépasse son taux.
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