Le taux du Livret A devrait passer de 1,50 % à 1,8 % au 1er août 2026 — une hausse quasi-mécanique dictée par la formule officielle et l’inflation à 2,4 % (INSEE, mai 2026), mais qui ne compense toujours pas la hausse des prix.
Olivier Sichel, directeur général de la Caisse des Dépôts, a confirmé le 11 juin que le ministre de l’Économie devrait relever le taux du Livret A à 1,8 % le mois prochain. Pour les quelque 58 millions de titulaires, cette hausse de 0,3 point représente un gain annuel de 69 euros sur un compte au plafond — mais elle cache une réalité moins réjouissante. Voici pourquoi cette « bonne nouvelle » est en réalité une correction mécanique, et ce qu’elle dit vraiment de l’état de l’épargne française.
Pourquoi le Livret A remonte à 1,8 % : la formule qui explique tout
Tout part d’une équation. La Banque de France applique une formule officielle, en vigueur depuis 2021 : le taux du Livret A est égal à la moyenne entre l’€STR semestriel et l’inflation hors tabac semestrielle, arrondie au dixième de point le plus proche, avec un plancher à 0,5 %. Comme le résume Olivier Sichel : « On prend la moyenne entre l’inflation et les taux courts. »
Deux variables orientent le calcul. L’inflation française a atteint 2,4 % sur un an en mai 2026 (INSEE), après 0,3 % seulement en janvier — une accélération portée à plus de 80 % par les prix de l’énergie. La BCE a relevé son taux de dépôt de 2,00 % à 2,25 % le 11 juin 2026, première hausse depuis 2023. Résultat arithmétique : un taux calculé autour de 1,8 %. Nuance importante : la formule utilisant l’€STR lissé sur six mois, l’impact direct de cette décision BCE sur le taux d’août reste limité — c’est surtout la remontée de l’inflation qui tire le calcul vers le haut.
Ce contexte a produit une fuite visible des épargnants. En avril 2026, les Français ont retiré 1,28 milliard d’euros nets du Livret A — pire mois d’avril depuis 2009, et quatrième mois consécutif de décollecte (Caisse des Dépôts, 22 mai 2026). À 1,5 %, le produit ne retenait plus. La hausse à 1,8 % répond à une pression réelle du marché, pas seulement à une révision calendaire.
Qui fixe le taux ? Le rôle clé du gouverneur de la Banque de France
La formule oriente, mais ne décide pas seule. Le taux du Livret A est fixé par le ministre de l’Économie, après avis du gouverneur de la Banque de France. C’est une décision politique encadrée par une règle arithmétique — nuance importante.
Le calendrier institutionnel ajoute une variable supplémentaire cette année. Emmanuel Moulin est entré en fonction comme gouverneur de la Banque de France le 2 juin 2026. Sa première recommandation officielle sur le taux du Livret A est attendue mi-juillet. C’est sa toute première prise de position sur ce dossier.
Olivier Sichel, le 11 juin : « Je pense que [le ministère de l’Économie] suivra la formule, mais c’est sa décision qu’il prend après avis du gouverneur de la Banque de France en fonction des paramètres économiques. » Il a ajouté : « On s’attend à ce que le taux soit remonté le mois prochain, aux alentours de 1,8 %, comme malheureusement il y a une inflation qui croît. » Le mot « malheureusement » dit tout : la hausse du taux est la conséquence d’une inflation qui érode le pouvoir d’achat, pas d’une amélioration de la conjoncture.
1,8 % : un gain réel ou une illusion ?
Sur un Livret A au plafond de 22 950 €, les intérêts annuels passent de 344 euros à 1,5 % à 413 euros à 1,8 % — soit 69 euros de plus par an.
L’exonération fiscale reste l’avantage structurel du Livret A : pour obtenir 1,8 % net sur un compte bancaire classique soumis au PFU de 30 %, il faudrait afficher un taux brut d’environ 2,57 %. Le LDDS bénéficie du même taux que le Livret A. Le LEP, réservé aux ménages sous conditions de ressources, pourrait passer à 2,80 % au 1er août 2026 contre 2,50 % actuellement — dans le scénario où le Livret A atteint effectivement 1,8 %.
Le rendement réel, lui, reste négatif. Avec une inflation à 2,4 % (INSEE, mai 2026) et un taux nominal à 1,8 %, le rendement réel du Livret A s’établit à -0,6 %. Votre argent perd du pouvoir d’achat, même après la hausse. La correction mécanique de la formule ne suffit pas à rattraper la hausse des prix.
La hausse du Livret A à 1,8 % suit mécaniquement la formule officielle et répond à quatre mois consécutifs de décollecte — mais elle ne compense pas l’inflation. Avec un rendement réel de -0,6 %, votre argent continue de perdre du pouvoir d’achat — ce qui explique pourquoi les Français cherchent ailleurs. Avant le 1er août, avez-vous vérifié votre éligibilité au LEP — qui offre déjà 2,50 % aujourd’hui, potentiellement 2,80 % en août — ou exploré des alternatives comme l’assurance-vie en fonds euros ?
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