Selon la Cour des comptes, une pension sur neuf liquidée en 2025 contient une erreur financière : 106 000 retraités perçoivent un montant incorrect, avec un manque à gagner moyen dépassant 10 000 euros par personne. Ces chiffres concernent le régime général des salariés du secteur privé.
Le rapport de la Cour des comptes publié le 13 mai 2026 révèle une nouvelle dégradation du taux d’erreur dans le calcul des pensions : après une amélioration en 2024 (de 12,4 % à 10,5 %), les erreurs repartent à la hausse en 2025. Pour vous, cela signifie que vous pourriez être parmi les 106 000 retraités qui touchent une pension mal calculée sans le savoir. Cet article vous montre pourquoi les institutions ne vous alertent pas, comment ces erreurs coûtent si cher, et ce que vous devez vérifier immédiatement.
Retraite mal calculée : comment 106 000 Français perdent 10 000 euros sans le savoir
Sur 956 280 prestations attribuées en 2025 (Cour des comptes, rapport du 13 mai 2026), une sur neuf contenait une erreur financière. En 2024, ce ratio était d’une sur dix. La dégradation est documentée, officielle, et s’inscrit dans une tendance longue.
L’évolution historique du taux d’erreur est éloquente. En 2020, une pension sur six était mal calculée. Le ratio est passé à une sur sept en 2021, puis à 11,8 % en 2022, 12,4 % en 2023, un pic. Une amélioration s’est dessinée en 2024, à 10,5 %. Mais 2025 marque un rebond à environ 11,1 % (Cour des comptes / Neovia Retraite, 2026).
Ces erreurs ne sont pas anodines financièrement. Le manque à gagner moyen dépasse 10 000 euros par retraité touché (Cour des comptes, rapport du 13 mai 2026). Ce montant ne représente pas une erreur ponctuelle sur un mois. Il s’accumule sur toute la durée de vie de la pension, ce qui explique son ampleur malgré des écarts mensuels parfois modestes.
Sur l’ensemble des 106 000 retraités concernés, l’impact financier cumulé atteint 1,1 milliard d’euros sur la durée de vie des pensions — contre 900 millions d’euros l’année précédente. Ces sommes ont été attribuées en moins, sans que les bénéficiaires en soient informés. Découvrez notre article sur la retraite minimum : ce qui change vraiment pour vous après la hausse du Smic en juin.
Mais d’où viennent ces erreurs ? Et surtout, pourquoi personne ne vous prévient ?
Pourquoi les caisses de retraite ne vous alertent pas : le silence institutionnel documenté
La Cour des comptes est explicite sur ce point : les caisses n’informent pas proactivement les retraités des erreurs détectées, laissant les victimes découvrir seules le problème. Aucun dispositif d’alerte systématique n’existe. Vous n’êtes pas prévenu. Vous devez trouver vous-même.
Ce silence n’est pas un oubli : les caisses traitent les dossiers en flux entrant, sans mécanisme de retour vers les assurés en cas d’anomalie détectée.
Les causes des erreurs sont identifiées. Plus de la moitié proviennent de données de carrière absentes ou erronées (Cour des comptes, rapport du 13 mai 2026). Une période d’activité non reportée, un employeur qui n’a pas transmis les bons éléments, un changement de statut mal enregistré : ces lacunes passent inaperçues au moment de la liquidation.
Les travailleurs indépendants sont particulièrement exposés. La Cour des comptes regrette explicitement que leurs erreurs de calcul ne soient pas mesurées avec la même précision que pour les salariés, ce qui signifie que l’ampleur réelle des erreurs sur ces dossiers est probablement supérieure aux 11 % constatés pour le régime général. La complexité de leurs parcours, cumul de statuts, revenus variables, régimes multiples, multiplie les points de défaillance.
Ce qui aggrave la situation : le système de correction est lui-même défaillant. En 2025, 14,8 % des révisions de droits contenaient elles-mêmes une erreur. Autrement dit, quand une caisse tente de corriger un dossier, elle se trompe dans près d’un cas sur sept. La correction ne garantit pas la fiabilité.
Ce que vous devez vérifier maintenant : 2,2 millions de majorations en attente
Le chiffre qui devrait vous alerter est celui-ci : 2,2 millions de majorations restent en attente de traitement fin novembre 2025 — 1,5 million au titre de la pension de réversion, 700 000 au titre du minimum contributif (Cour des comptes, rapport du 13 mai 2026). Ces majorations sont dues. Elles ne sont pas versées. Les personnes concernées ne le savent pas nécessairement.
Le minimum contributif est une majoration légale destinée aux retraités ayant eu de faibles revenus tout au long de leur carrière. Son calcul est complexe. Son application est manifestement en retard à grande échelle.
L’évolution historique du taux d’erreur confirme que la situation ne se corrige pas durablement. De 2020 à 2025, le système a oscillé sans jamais atteindre un niveau d’erreur acceptable. La dégradation de 2025 intervient dans un contexte où la réforme de 2023 a complexifié les calculs de liquidation, sans que les outils de contrôle aient suivi.
Plusieurs vérifications s’imposent si vous êtes retraité ou proche de la retraite :
- Consultez votre relevé de carrière sur le portail Info Retraite (lassuranceretraite.fr ou info-retraite.fr) pour identifier toute période manquante ou mal enregistrée.
- Comparez votre avis de retraite avec le détail du calcul fourni par votre caisse.
- Si vous avez exercé en tant qu’indépendant, vérifiez que l’ensemble de vos périodes d’activité figure bien dans votre relevé.
- En cas de doute sur le montant perçu, vous pouvez saisir votre caisse de retraite par écrit pour demander un réexamen de votre dossier. Ce droit existe ; renseignez-vous auprès de votre caisse sur les délais applicables à votre situation.
Ces erreurs ne sont pas des accidents isolés : elles révèlent une défaillance structurelle du système de liquidation des retraites. La Cour des comptes le documente depuis plusieurs années, et la tendance ne s’inverse pas durablement. Les caisses n’alertent pas les retraités concernés, vérifier votre dossier vous incombe. Retrouvez aussi notre article sur Revolut, N26, Caisse d’Épargne : le paiement sans numéro de carte se généralise.
Avez-vous consulté votre relevé de carrière et votre dernier avis de retraite pour vérifier qu’aucune période n’a été oubliée ?
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