Jusqu’à 152 500 euros transmis par bénéficiaire sans droits de succession : c’est l’avantage le plus puissant de l’assurance-vie, et il est de nouveau au cœur du débat budgétaire.
Le mécanisme tient en une phrase. Pour les versements effectués avant 70 ans, les capitaux transmis au décès échappent aux droits de succession jusqu’à 152 500 euros par bénéficiaire. Au-delà, la taxation grimpe à 20 % jusqu’à 700 000 euros, puis à 31,25 %, quel que soit le lien de parenté.
Cet avantage est dans le viseur, à la fois de la gauche, du centre et des institutions. Retour sur ce que l’assurance-vie permet encore aujourd’hui, et sur ce qui la menace.
L’avantage successoral, en clair
L’assurance-vie cumule plusieurs régimes de faveur. Après huit ans de détention, les gains sont exonérés d’impôt jusqu’à 4 600 euros par an pour une personne seule, 9 200 euros pour un couple.
Le plus lourd reste l’avantage successoral. Le plafond de 152 500 euros s’applique à chaque bénéficiaire désigné, pour les versements effectués avant 70 ans.
Au-delà, le régime reste plus doux que le barème classique des successions : 20 % jusqu’à 700 000 euros, 31,25 % au-delà, et ce quel que soit le lien de parenté.
Pourquoi le débat revient ?
La remise en cause ne vient pas que de la gauche. Jean-Paul Matteï, député des Pyrénées-Atlantiques et élu du groupe centriste Les Démocrates, a déposé deux années de suite, en 2024 puis en 2025, un amendement au budget pour aligner la fiscalité successorale de l’assurance-vie sur le barème des droits de succession en ligne directe. Il dénonce un régime « plus favorable » que celui des héritiers directs, « sans justification apparente ». Sans succès.
Le Monde décrivait en 2022 ce parlementaire, né en 1954, comme n’ayant « pas le profil d’une pasionaria de gauche ». La question traverse donc les camps politiques. Retrouvez notre article sur l’assurance-vie dans le viseur fiscal : ce qui pourrait réellement changer pour les épargnants.
En décembre 2025, le Conseil des prélèvements obligatoires recommandait à son tour cet alignement, en conservant l’abattement de 152 500 euros. Dans une note du 21 septembre, la Cour des comptes demande une évaluation des dérogations de l’assurance-vie et propose de réduire les montants exonérés, pour 1,25 milliard d’euros de recettes.
La France insoumise pousse aussi. Le 14 octobre, Éric Coquerel, président LFI de la commission des finances, a défendu l’idée d’orienter une partie des 6 600 milliards d’euros de patrimoine financier des Français vers la transition écologique, le logement et la souveraineté industrielle : « Si jamais il faut rendre moins intéressants les placements dans l’assurance-vie, on s’en chargera ! » Le contre-budget insoumis présenté le même jour table sur 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires.
Ce que l’assurance-vie finance déjà
Les chiffres expliquent la tentation. L’encours de l’assurance-vie dépasse 2 100 milliards d’euros, plus que le Livret A, le LDDS, le PER et le PEA réunis. Selon l’Insee, 41 % des ménages détenaient un contrat en 2021, contre 26 % en 2004.
Le placement finance aussi l’État. Fin 2025, les assureurs plaçaient près de 650 milliards d’euros en titres d’administrations publiques et finançaient 22 % de la dette publique française, selon France Assureurs. « L’assurance-vie est un moteur du financement de l’État », résume Philippe Crevel, directeur général du Cercle de l’épargne. Le placement soutient aussi la « vraie économie », avec 846 milliards d’euros investis dans les entreprises françaises.
L’argument ne convainc pas tout le monde. Le Conseil des prélèvements obligatoires a calculé que, pour 2 millions d’euros transmis en ligne directe, le passage par l’assurance-vie divise le taux effectif d’imposition par 3,3, et par 6,2 hors ligne directe. L’économiste Thomas Piketty, sur BFMTV le 15 octobre, juge que « l’assurance-vie ne rapporte rien » à l’économie.
L’Inspection générale des finances évoque 1 milliard d’euros au titre de la fiscalité dérogatoire sur les gains. Le manque à gagner pourrait atteindre « quelques milliards » avec les abattements sur les successions. Aucune étude ne mesure précisément l’impact global. Retrouvez aussi notre article sur votre assurance-vie peut vous prêter 5 000 € sans retrait : l’épargne reste investie, mais l’avance doit être remboursée.
Aucune de ces pistes n’a été adoptée. Amendements rejetés, recommandation sans valeur contraignante, note de la Cour des comptes à l’état de proposition. Le débat, lui, est relancé à l’approche de l’élection présidentielle.
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