Assurance-vie : pourquoi un faux RIB suffit à détourner le capital au moment du rachat ?

Un faux RIB paraît anodin parce qu’il circule partout, alors qu’il désigne le compte qui recevra le capital le jour du rachat : c’est exactement ce qui permet de détourner l’argent d’un contrat d’assurance-vie.

Les assureurs ont détecté 24,8 millions d’euros de fraude à l’assurance-vie en 2025, selon l’Agence de lutte contre la fraude à l’assurance (ALFA). Le montant a presque doublé en un an. 98 % des fraudes détectées portent sur des contrats d’épargne, où le capital attend d’être racheté.

Trois procédés dominent ce bilan : l’usurpation d’identité, le faux RIB et la fraude documentaire. Tous visent le même objectif, faire sortir l’argent du contrat au profit d’un tiers. Le faux RIB mérite qu’on s’y arrête, car il ne demande aucune complicité du titulaire.

Le faux RIB, l’outil qui désigne le compte de sortie

Un RIB contient l’IBAN du titulaire et désigne le compte bancaire qui recevra un virement. Dans un contrat d’assurance-vie, l’assureur enregistre les coordonnées du compte sur lequel les fonds seront versés en cas de rachat.

La fraude consiste à remplacer ces coordonnées juste avant une demande de rachat. Le fraudeur se fait passer pour l’épargnant, ou fait enregistrer un RIB au nom d’un tiers, puis demande la sortie de tout ou partie du capital. L’argent part alors vers son compte, sans qu’aucun sinistre n’ait besoin d’être simulé.

Le contrat d’assurance-vie en phase d’épargne contient un capital disponible, ce qui le rend d’autant plus simple à cibler. Le fraudeur n’a pas à inventer un accident ou une maladie. Il lui suffit d’obtenir une pièce d’identité et de présenter des coordonnées modifiées.

Le phénomène dépasse d’ailleurs la seule assurance-vie : le bilan de l’ALFA recense 946,3 millions d’euros de fraude identifiée toutes branches en 2025, en hausse de 4,9 %, et estime la fraude réelle, détectée ou non, à 2,5 milliards d’euros par an. L’assurance-vie reste la plus petite des grandes branches, mais c’est celle qui progresse le plus vite.

Les auteurs s’exposent à des peines lourdes. L’escroquerie est passible de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende, la tentative étant punie des mêmes peines. Le faux document et son usage relèvent du faux, puni de trois ans et de 45 000 euros. Découvrez notre article sur l’assurance-vie : ces hausses d’impôts rejetées le 16 octobre peuvent encore revenir au vote du 3 novembre.

Les contrôles qui freinent déjà la fraude

Un épargnant qui demande un rachat s’étonne parfois des justificatifs réclamés, surtout après un changement de banque. Ces contrôles constituent le principal filtre contre l’usurpation. Chacun cible précisément l’un des trois procédés.

La pièce d’identité en cours de validité est rapprochée des informations déjà connues au contrat, ce qui fait échouer une identité empruntée. Le RIB doit être au nom du titulaire : un compte ouvert au nom d’un tiers, ou modifié juste avant un rachat, attire l’attention. L’assureur peut aussi rappeler le titulaire sur le numéro déjà enregistré, et non sur celui indiqué dans la demande.

Le délai de traitement joue également un rôle : il laisse le temps de confronter les pièces, et au titulaire celui de réagir à une notification qu’il n’attendait pas. C’est pourquoi une alerte sur une opération non sollicitée doit déclencher une réaction le jour même.

Les réflexes qui protègent le capital

La protection repose moins sur la technique que sur quelques habitudes simples. Consulter régulièrement son espace client permet de repérer un mouvement anormal avant qu’il ne soit trop tard.

Activer les alertes par courriel ou SMS sur toute modification du contrat ou toute demande de rachat reste le réflexe le plus efficace. Ne transmettez jamais de pièce d’identité à un interlocuteur que vous n’avez pas vous-même contacté par un canal officiel. Un appel ou un message qui se réclame de votre banque ou de votre assureur peut servir à collecter les pièces qui rendront l’usurpation crédible.

Avant de confier un contrat, vérifiez l’intermédiaire sur le registre de l’ORIAS, où tout courtier ou agent doit être inscrit pour exercer. L’assureur se vérifie dans le registre des organismes agréés, le REFASSU, et sur la liste noire de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Cette liste s’allonge : l’ACPR y a enregistré 1 190 inscriptions en 2025, dont 62 % usurpaient l’identité d’un établissement autorisé.

En cas d’alerte sur une opération non demandée, contactez l’assureur au numéro inscrit sur vos documents contractuels, jamais celui du message reçu, et demandez la suspension de l’opération. Un dépôt de plainte documente ensuite l’usurpation d’identité. Retrouvez aussi notre article sur l’assurance-vie en déshérence : l’État prélève 17 % sur des capitaux qui attendent leur bénéficiaire, voici qui est concerné.

Le faux RIB reste le procédé de fraude le plus simple contre une assurance-vie, parce qu’il ne demande ni sinistre fictif ni complicité : il suffit de faire pointer l’argent vers le compte du fraudeur. Le capital sort, et il est souvent trop tard. Contrôler les coordonnées bancaires au moment du rachat et surveiller régulièrement son contrat restent la meilleure protection.

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