Au-dessus de 4 005 € de salaire mensuel, la hausse des cotisations Ircantec pèse presque entièrement sur le salarié. Il lui faudra 11 ans de retraite pour récupérer sa mise, contre 5 ans et demi sous ce plafond.
L’Ircantec verse la retraite complémentaire des agents publics qui ne sont pas fonctionnaires titulaires : contractuels de l’État, des collectivités et des hôpitaux, mais aussi élus locaux. Le décret n° 2026-926 du 5 octobre 2026 relève ses taux de cotisation pour la première fois depuis 2017.
La hausse arrive en deux marches : rien ne bouge en 2027, puis une augmentation au 1ᵉʳ janvier 2028 et une autre au 1ᵉʳ janvier 2029. Pour un salaire de 2 000 € brut, la retenue mensuelle passera de 56,80 € à 60 €. L’addition est bien plus lourde au-delà de 4 005 €.
Ce que change le décret, et à quelles dates
La retraite de base des contractuels est versée par l’Assurance retraite, comme dans le privé. L’Ircantec y ajoute une pension calculée en points. Le décret modifie les taux qui déterminent le nombre de points acquis chaque année.
Sous le plafond de 4 005 € par mois, la part salariale passe de 2,24 % à 2,30 % en 2028, puis 2,36 % en 2029. Celle de l’employeur monte de 3,36 % à 3,45 %, puis 3,54 %. Au-dessus du plafond, chaque marche est cinq fois plus haute : 0,30 point par an.
Sur la tranche haute, la part du salarié grimpe de 5,56 % à 5,86 %, puis 6,16 %. Celle de l’employeur ne bouge presque pas : de 10,04 % à 10,09 %, puis 10,14 %. Retrouvez aussi notre article sur la retraite : la pension moyenne s’affiche à 1 705 euros bruts par mois, mais c’est un peu plus de 1 550 euros nets qui arrivent réellement sur le compte.
5 ans et demi sous le plafond, 11 ans au-dessus
Le taux du décret n’est pas celui qui est prélevé. L’Ircantec le multiplie par un coefficient, le taux d’appel, qui alourdit la cotisation sans rapporter de point en plus. Il vaut 127 % depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, contre 125 % de 2017 à 2025.
La retenue réelle passera donc de 2,84 % à 2,92 % en 2028, puis 3,00 % en 2029 sur la première tranche. À 2 000 € brut, cela fait 38,40 € de plus par an. Aux taux de 2029, une année de travail rapportera 245 points, soit 137 € de pension annuelle contre 130 € aujourd’hui.
Ces 38,40 € seront récupérés en 5 ans et demi de retraite environ, en ne comptant que la part du salarié. Au-dessus de 4 005 €, le partage s’inverse : 0,60 point à la charge du salarié pour 0,10 seulement pour l’employeur. Ce sont surtout des cadres, des ingénieurs et des médecins contractuels qui dépassent ce seuil.
Pour 1 000 € de salaire au-dessus du plafond, la retenue grimpe de 91,20 € par an en 2029, contre un peu plus de 8 € de pension annuelle en plus. Il faudra 11 ans de retraite pour récupérer la mise, avant même la CSG de 8,3 % qui frappe les pensions les plus élevées. À 5 000 € brut, la hausse atteint 167,64 € sur l’année.
Pourquoi l’Ircantec relève ses taux malgré un excédent
Le régime n’est pas en difficulté immédiate. Ses comptes 2025 affichent un excédent de 1,1 milliard d’euros et 18,6 milliards d’euros de réserve en valeur de marché. Il compte 3,24 millions de cotisants pour 2,41 millions de retraités.
Mais l’Ircantec doit respecter deux règles de solvabilité : garder l’équivalent d’un an et demi de pensions en caisse et garantir leur paiement sur 30 ans. La démographie oblige à relever les taux : 1,4 cotisant par retraité, un rapport bien moins confortable que dans d’autres régimes publics.
Selon La Gazette des communes, le plan 2026-2029 permet aussi de revaloriser les pensions jusqu’à 0,3 point sous l’inflation en 2028 et 2029, si nécessaire. Les retraités du régime contribueraient alors à leur tour, comme ceux du régime général avec la sous-indexation prévue en 2027. Un avant-projet pour 2027 évoque des seuils à 1 260 € et 2 034 € par mois pour moduler cette revalorisation des pensions de base, selon Le Monde.
Qui est concerné, et comment amortir la hausse
Le statut compte, pas le métier : deux infirmières du même service ne cotisent pas au même endroit selon qu’elles sont titulaires ou contractuelles. Sont concernés les contractuels de l’État, des collectivités et des hôpitaux publics, ainsi que les élus locaux qui perçoivent une indemnité de fonction.
Les fonctionnaires titulaires et les salariés du privé ne sont pas concernés. Même en 2029, un contractuel restera moins prélevé qu’un salarié du privé : 3,00 % contre 4,01 % à l’Agirc-Arrco, cotisation de 3,15 % et contribution d’équilibre de 0,86 % comprises.
La hausse ne demande aucune démarche : l’employeur l’appliquera sur le bulletin de janvier 2028. Les points, eux, se vérifient avant la retraite : consulter son relevé de points Ircantec pour repérer une année non déclarée, et contrôler son relevé de carrière, un trimestre manquant coûtant 1,25 % de pension à vie.
Pour compenser, l’épargne à côté reste l’outil le plus simple. Le Livret A rapporte 1,50 % en 2026, soit environ 0,60 % de perte par an face à l’inflation, d’après Hagnéré Patrimoine. Seuls 22 % des Français disposent d’un plan d’épargne dédié à la retraite, alors qu’une épargne régulière, même modeste, compense vite ce que la hausse retire du salaire. Retrouvez aussi notre article sur votre Livret A rapporte 1,7 % quand l’inflation annuelle est estimée à 2,1 % : votre épargne perd du pouvoir d’achat en 2026.
Le partage de l’effort est limpide : plus le salaire dépasse 4 005 €, plus la hausse repose sur le salarié et plus la mise met de temps à revenir. Les cadres, ingénieurs et médecins contractuels paient plus, attendent plus longtemps et récupèrent moins vite.
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