Le minimum vieillesse ne franchit pas la frontière : une fois installé hors de France, un retraité perd cette aide, et ce sont les pensions les plus modestes qui en subissent d’abord les effets.
Fin 2024, 1 065 125 retraités du régime général vivaient à l’étranger, selon la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav), dans une étude publiée en mai 2025. Cela représente environ un pensionné du régime général sur quatorze. Leur retraite de base moyenne atteint 323 € par mois, hors complémentaire Agirc-Arrco et hors pensions versées par d’autres pays. Pour les résidents français, ce même régime verse 910 € en moyenne.
Cette moyenne mélange deux réalités. Près de 9 pensionnés sur 10 vivant à l’étranger sont nés hors de France, souvent après une carrière française courte. Pour les quelque 119 000 retraités nés en France et partis vivre ailleurs, la donne est différente : la pension ne baisse pas au départ. Ce qui change, ce sont certaines aides, certains prélèvements et certaines démarches, à commencer par le minimum vieillesse.
Le minimum vieillesse cesse d’être versé hors de France
Le minimum vieillesse, l’allocation qui porte les petites retraites vers un revenu minimal, est attaché à la résidence en France. Dès que le retraité fixe sa résidence à l’étranger, son versement s’arrête.
La conséquence est directe : les retraités aux pensions les plus faibles sont les premiers touchés. Une personne qui ne touche qu’une petite retraite de base et complète ses revenus grâce à cette allocation perd ce complément en quittant le territoire.
La retraite acquise, elle, ne bouge pas. Le montant calculé sur la carrière reste identique, que le titulaire vive à Paris, à Lisbonne ou à Alger. La frontière ne fait disparaître ni les trimestres validés ni la pension. Retrouvez notre article sur la retraite à l’étranger : cette aide méconnue peut éviter la suspension de votre pension.
Ce que le départ change sur la pension
Les prélèvements évoluent. La CSG, la CRDS et la Casa, prélevées sur les retraites des résidents français, disparaissent. Elles laissent la place à une cotisation maladie de 3,2 % sur la retraite de base et 4,2 % sur la complémentaire Agirc-Arrco, pour qui reste couvert par l’assurance maladie française.
Une preuve d’existence est demandée chaque année, sous forme de certificat de vie. Sans ce justificatif, le versement de la pension est suspendu. Huit pays transmettent automatiquement les décès, selon l’Agirc-Arrco, ce qui dispense leurs résidents de cette formalité.
Le choix du compte de versement pèse aussi. La pension peut être versée sur un compte français ou sur un compte ouvert dans le pays de résidence. Hors zone euro, ce choix entraîne des frais de change à anticiper.
Une moyenne de 323 € qui mélange des profils très différents
Les 323 € de moyenne agrègent des situations opposées. Sur les 1 065 125 pensionnés vivant à l’étranger, 946 230 sont nés hors des frontières actuelles de la France, soit 89 %. Beaucoup ont vraisemblablement eu une carrière française courte, ce qui pèse lourd dans la moyenne.
Ces retraités sont plus âgés : 47 % ont 80 ans ou plus, contre 25 % en France. Les femmes forment 57 % de l’ensemble. La Cnav leur verse près de deux fois plus au titre de la réversion, 1,302 milliard d’euros par an, qu’au titre de leur propre retraite, 0,724 milliard.
Deux zones rassemblent presque tous ces pensionnés : l’Union européenne (493 370 retraités, 46 %) et l’Afrique (454 159, 43 %). L’Algérie arrive loin devant, avec 334 669 retraités du régime général, près d’un sur trois. Le Portugal (159 680) et l’Espagne (147 966) suivent, puis l’Italie, le Maroc et la Belgique.
Pour un futur retraité né en France, ces moyennes ne décrivent pas sa situation : tout dépend de sa carrière et des aides auxquelles il a droit. Avant de partir, le réflexe utile reste de chiffrer sa pension nette dans le pays visé, en tenant compte du minimum vieillesse si on en bénéficie de la couverture santé et des règles propres au pays de résidence. Retrouvez aussi notre article sur la retraite à l’étranger : ce poste oublié peut faire exploser le budget santé après le départ.
En tant que jeune média indépendant, CESdeFrance a besoin de votre aide. Soutenez-nous en nous suivant et en nous ajoutant à vos favoris sur Google News. Merci !

