Plafonner l’abattement de 10 % des retraités à 3 000 € par foyer n’est pas un choix idéologique : c’est d’abord une équation budgétaire, avec 1,4 milliard d’euros attendus dès 2027 et une niche dont le coût a gonflé de 60 % en quinze ans.
Le projet de loi de finances pour 2027 ne supprime pas l’abattement de 10 % accordé sur les pensions de retraite, il en rabaisse le plafond. Sur les revenus de 2026, déclarés au printemps 2027, l’avantage ne pourrait plus dépasser 3 000 € par foyer fiscal, contre 4 439 € aujourd’hui. Un mécanisme que le Sénat avait déjà voté lors du budget précédent, avant qu’il soit écarté de la loi finale.
Le gouvernement chiffre à 4,6 millions le nombre de foyers concernés, un tiers des 13,4 millions de foyers comptant un retraité. La mesure n’est pas encore acquise : la première partie du budget est discutée à l’Assemblée du 13 au 19 octobre, puis soumise à un vote solennel le 20 octobre.
Un plafond par foyer, pas par retraité
L’abattement retire 10 % des pensions avant le calcul de l’impôt, en miroir de la déduction des frais professionnels accordée aux salariés. Il comporte un minimum de 454 € par retraité, qui ne bouge pas, et un plafond qui s’apprécie sur l’ensemble du foyer fiscal.
Le nouveau plafond de 3 000 € est atteint dès 30 000 € de pensions annuelles pour tout le foyer, soit 2 500 € par mois. Pour un couple marié ou pacsé, les deux retraites s’additionnent avant la comparaison au plafond. Un retraité seul à 2 500 € par mois reste donc pile au plafond, sans changement. Un couple à 1 500 € de pension chacun totalise 36 000 € par an et perd 600 € d’abattement. Au-delà de 44 390 € de pensions annuelles, l’écart complet de 1 439 € est perdu, quel que soit le montant.
Le mariage pèse ici à rebours. Deux retraités non mariés qui vivent ensemble forment deux foyers fiscaux, chacun avec son propre plafond : à 1 500 € de pension chacun, ils gardent 1 800 € d’abattement chacun et ne perdent rien, quand le couple marié au même revenu perd 600 €. Les pensions d’invalidité et les pensions alimentaires conservent l’ancien plafond. Le seuil de 3 000 € serait ensuite revalorisé chaque année au même rythme que la première tranche du barème. Retrouvez aussi notre article sur l’abattement retraite plafonné à 3 000 € : voici qui verra son impôt augmenter, et qui ne verra rien changer.
Pourquoi l’État s’attaque à cet avantage
La justification du gouvernement tient en trois chiffres. L’abattement profite par construction aux pensions les plus élevées. Son coût a augmenté de 60 % en quinze ans. Et l’État en attend 1,4 milliard d’euros dès la première année d’application.
Le gouvernement ajoute un argument de fond : le niveau de vie des retraités est désormais supérieur à celui de l’ensemble de la population, et le prélèvement à la source ajuste déjà l’impôt au moment du départ en retraite. C’est ce raisonnement qui justifie, selon lui, de rogner une niche plutôt que de la supprimer.
Le chiffrage est encadré. L’article 51-5° de la loi organique relative aux lois de finances du 1ᵉʳ août 2001 impose une annexe qui détaille le rendement attendu de chaque mesure fiscale nouvelle : c’est là que figure l’estimation des 1,4 milliard d’euros. L’Institut des politiques publiques a, de son côté, chiffré le gain net d’une suppression pure et simple de l’abattement à 5,4 milliards d’euros. Le plafonnement retenu apparaît donc comme la version la plus modérée d’une contribution que le gouvernement inscrit dans un effort global de 54 milliards d’euros, dont 5,5 milliards demandés aux retraités.
Ce que ça coûterait selon votre tranche
Le surcoût se calcule en une ligne : l’abattement perdu, multiplié par le taux de la tranche la plus haute du foyer. Les retraités non imposables ne perdent rien, puisqu’un abattement ne sert qu’à réduire un impôt, ce qui protège la plupart des 40 % de retraités qui touchent moins de 1 000 € par mois.
Pour un foyer qui perd la totalité des 1 439 €, la facture atteint 158 € d’impôt en plus dans la tranche à 11 %, 432 € dans celle à 30 % et 590 € dans celle à 41 %. Ces montants sont calculés avec le barème proposé pour les revenus de 2026, revalorisé de 2,1 %, hors autres revenus, décote et réductions d’impôt. Le détail révèle un effet de seuil inversé : un couple à 50 000 € de pensions paie moins de surcoût qu’un retraité seul au même revenu, car le quotient familial le maintient dans la tranche à 11 %.
Le plafond s’appliquerait aux pensions perçues en 2026, sur lesquelles l’impôt est déjà prélevé à la source au taux actuel. Le surcoût n’apparaîtrait qu’après la déclaration du printemps 2027, sous forme de solde à payer : en une fois s’il ne dépasse pas 300 €, en quatre mensualités jusqu’en décembre au-delà. Le revenu fiscal de référence monterait lui aussi, jusqu’à 1 439 €, ce qui peut faire franchir le seuil qui fait passer la CSG des retraités de 3,8 % à 8,3 %, avec deux ans de décalage. Retrouvez aussi notre article sur l’abattement fiscal et gel partiel des pensions : les deux efforts que le gouvernement envisage de cumuler pour les retraités.
Cette mesure s’ajoute à la sous-indexation des pensions au-dessus de 1 260 € prévue par le budget de la Sécurité sociale. Les deux frapperaient les mêmes foyers la même année, au nom de la même logique : concentrer l’effort sur les retraites les plus confortables plutôt que de geler l’ensemble des pensions.
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